samedi 4 juin 2011

Une partie de cache-cache, d'Elizabeth Taylor.

J'ai fini Une partie de cache-cache jeudi soir, et j'ai plutôt bien apprécié ce roman, même si je ne le trouve pas aussi réussi que Mrs Palfrey, hôtel Claremont et Angel. Cependant, c'est un roman très bien écrit (même si par moment, il y a deux ou trois bizarreries au niveau de la traduction). Elizabeth Taylor a une manière de voir le monde très acerbe, très ironique, mais aussi très sensible, avec deux ou trois références à des auteurs britanniques et français extrêmement renommés, comme Emily Brontë, Flaubert ou Daphné du Maurier. Les héros ne sont pas reluisants, mais on s'y attache quand même, et ce n'est pas l'un des moindres talents de l'auteur que de nous faire sympathiser avec une héroïne assez gauche, un comédien raté et un bourgeois grisonnant. La fille de l'héroïne et la relation affective qu'elle noue avec son professeur de grec est plutôt bien vue, de même que la description des mères des héros, suffragettes ou comédienne extravagante. La psychologie des personnages est très fine, et l'humour bien présent. Sans être un coup de coeur, probablement le meilleur livre que j'ai lu au cours des derniers mois.

Au programme pour ce mois de juin, cette série de livres que je viens de me procurer :




Et le film Elle et Lui de Leo McCarey, avec Cary Grant et Deborah Kerr :


mercredi 11 mai 2011

The shop around the corner, d'Ernst Lubitsch (1940).

A Budapest, Alfred Kralik et Klara Novak travaillent dans la boutique de maroquinerie de Monsieur Matuschek. Les deux employés s'entendent comme chien et chat... Alfred correspond par petites annonces avec une femme qu'il n'a jamais vue ; il découvre bientôt que cette mystérieuse inconnue n'est autre que Klara, l'employée qu'il déteste au magasin. Sans révéler à celle-ci la vérité, il cherche à se rapprocher d'elle et à s'en faire aimer.


The shop around the corner met en scène des employés, personnages réels et ordinaires, dont la fragilité et les mesquineries, sont observées avec tendresse et humanité par Lubitsch. Ce film est un véritable bijou : les comédiens sont absolument remarquables par la justesse de leur jeu, et les scènes s'enchaînent parfaitement.





Si vous n'avez pas encore vu ce film, il faut vous le procurer immédiatement : vous ne pourrez pas le regretter !



mardi 3 mai 2011

Les soeurs Mitford

Dépoussiérage léger en fait... la chaleur ambiante me rend très paresseuse !

Chose promise, chose due, voici un billet sur les soeurs Mitford. J'ai découvert la plus connue d'entre elle sur les recommandations d'une connaissance ; elle est en effet l'auteur de plusieurs romans qui ont remporté un grand duccès au moment de leur publication, et qui continuent à plaire à un large public :

Contrairement à ce que pourrait présager son titre légèrement "cul-cul la praline" (mièvre, si vous préférez), c'est à mes yeux le meilleur livre de Nancy Mitford, le plus auobiographique et le plus spirituel, aussi. Si vous ne devez en lire qu'un, c'est sur celui-là qu'il faut se jeter sans plus attendre !





Ce second opus est un peu moins drôle que le précédent, parce que l'auteur est moins en empathie avec ses personnages, mais reste cependant d'un bon niveau et réserve de bons moments.






Mmh... alors très honnêtement, ce troisième opus ne m'a pas beaucoup marquée : ça se lit très agréablement, mais sans plus.








Bon, et celui-là, malgré la présentation dithyrambique de l'éditeur, je l'ai trouvé bourré de clichés sur Paris.












Récemment, une maison d'édition a republié un ouvrage de Nancy Mitford qui n'avait pas été réédité depuis sa parution en 1935, et pour cause : l'auteur raillait la passion de ses deux soeurs, Unity et Diana, pour les chemises noires et Hitler.


Unity et Diana en Allemagne dans les années 1930


Unity Mitford se comportait en effet comme une véritable groupie vis-à-vis du dictateur, au point que les journaux anglais des années 1930 virent longtemps en elle l'une des maîtresses du maître du IIIème Reich, et Diana divorça de son premier mari pour épouser par la suite Mosley, un représentant politique de l'extrême droite en Grande Bretagne. L'attitude des deux soeurs et de leur mère durant cette période montre l'attirance d'une certaine frange de l'aristocratie anglaise, en perte de vitesse, pour les idéaux du fascisme.



Le livre de Nancy Mitford se veut drôle, et certaines répliques sont très spirituelles, mais l'intrigue est un peu délayée et les personnages du livre ne sont guère sympathiques.


Néanmoins, suite à sa lecture, j'ai eu envie d'en savoir plus sur cette famille assez déjantée, et je me suis plongée dans la biographie des soeurs Mitford par Annick Le Floc'hmoan. J'ai exprimé dans un précédent billet les réserves que j'ai contre ce type d'ouvrage, mais il faut reconnaître que cette journaliste a fait un travail d'investigation très sérieux, et que son livre se lit comme un roman :

Au début du XXe siècle, dans la noblesse anglaise encore flamboyante, naissent les célèbres sœurs Mitford. Leur destin sera hors du commun. Nancy, amoureuse de la France et de Gaston Palewski, gaulliste historique, devient une romancière célèbre. Diana brûle pour le fascisme anglais naissant et se compromet auprès de son chef de file ; Unity devient une proche amie de Hitler ; tandis que Jessica, l'avant-dernière de la fratrie, s'engage auprès des jeunes républicains espagnols avant de rejoindre le parti communiste. Seules Pamela et Déborah suivent la voie rêvée par leurs parents, et se marient dans le luxe et le conservatisme. A travers le portrait étonnant de ces femmes passionnées, prises dans les tourments de la crise économique et des deux guerres mondiales, ce document présente une vibrante traversée du siècle.

Où l'on réalise, en fait, que Nancy Mitford, pourtant brillante, élégante et spirituelle, eut une vie sentimentale triste et ratée. Le livre resitue la famille Mitford dans son siècle, et chacune des six soeurs fait l'objet d'un portrait détaillé ; toutes sont attachantes ; toutes présentent un grain de folie plus ou moins développé. Leur père, Lord Redesdale, n'avait-il pas l'habitude de dire : "Je suis normal, ma femme est normale, mais mes filles sont toutes plus folles les unes que les autres" ?


Mais ce livre, pour passionnant qu'il soit, ne remplace pas la lecture de La poursuite de l'amour ; d'ailleurs, sitôt cette biographie refermée, j'ai entrepris de le relire, avec grand bonheur, car ce roman n'a pas pris une ride !


A noter que La Poursuite de l'amour et L'amour dans un climat froid ont fait l'objet d'une adaptation télévisée par la BBC il y a quelques années.

mercredi 6 avril 2011

Avril enchanté, Elizabeth von Arnim.


Je n'ai malheureusement guère le temps de lire les billets écrits sur les blogs que j'avais l'habitude de suivre régulièrement, mais j'ai quand même deux bonnes nouvelles :

- la première, c'est que les soucis professionnels auxquels je faisais allusion dans un post précédent et qui m'ont beaucoup tracassé ces deux derniers mois sont en train de s'arranger à mon avantage ;

- la seconde, c'est que je pars en Italie dans quelques jours.

Du coup, ce billet est vraiment de circonstance, puisque ce livre d'Elizabeth von Arnim est réputé pour sa description de ce pays. ;)


L’intrigue débute sur une petite annonce : « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d’avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Comment résister à une pareille offre ? Mrs Lotty Wilkins, son amie Rose et deux autres colocataires se lancent dans l’aventure et partent seules, presque sans prévenir leurs époux, pour un séjour d’un mois dans ce château ; elles veulent y trouver le soleil, le repos et réfléchir sur leur vie passée et à venir.


J'ai trouvé ce petit livre extrêmement drôle, humain et attachant. la description de l'Italie est très belle, et ces personnages qu'un lieu enchanteur rend capable de se transformer et de devenir meilleurs est une invitation à l'optimisme. Elizabeth von Arnim n'oublie pas cependant d'épingler au passage nos petits travers, et c'est précisément cela qui met le sourire aux lèvres.

mardi 8 mars 2011

Chaînes conjugales, de Joseph Mankiewicz (1949).

Mankiewicz et moi, le début d'une grande histoire d'amour ? Je ne sais pas, mais j'ai vu ce film en décembre, et j'ai beaucoup aimé cette comédie douce-amère.

Le scénario est en effet un modèle d'intelligence : trois amies partent pour un pique-nique, lorsque leur parvient une lettre d'Addie Ross, qui leur annonce qu'elle s'est enfuie avec le mari de l'une d'entre elle... mais lequel ?

S'ensuivent alors trois flash back, au cours desquelles chacune des trois femmes se remémore sa vie conjugale, au cours de laquelle Addie Ross a joué un certain rôle.


Personnellement, j'ai trouvé que ces flash back n'étaient pas toujours amenés très habilement, mais j'ai apprécié que ce soit Addie Ross, dont on ne saura jamais à quoi elle ressemble tout au long du film, qui raconte l'histoire (la voix off est celle de Céleste Holm, la meilleure amie de Bette Davis dans All about Eve de Mankiewicz).

Premier flash-back, celui de Deborah (Jeanne Crain), la plus jeune, une fille issue de la campagne qui a travaillé pour l'armée et qui épouse un homme jeune, beau, riche et distingué, Brad. La soirée qu'il donne en l'honneur de sa jeune épouse pour la présenter à ses amis tourne à la catastrophe, tant la jeune épouse manque de confiance en elle ; elle a conscience que sa robe est affreuse, et elle a beaucoup trop bu pour calmer son anxiété. A côté d'elle, Addie Ross n'a aucun mal à incarner le summum de la classe... cette soirée tragi-comique sera cependant l'occasion pour Deborah de sympathiser avec Rita, qui se montre très solidaire vis-à-vis de sa nouvelle amie.

Deuxième flash-back, précisément celui de la blonde Rita (Ann Sothern), une épouse très moderne, puisqu'elle travaille pour la radio et gagne plus que son mari George, enseignant. Elle invite sa patronne dans le but d'obtenir un poste avantageux pour son mari, et là encore, la soirée tourne au drame : Rita a complètement oublié que c'était l'anniversaire de son mari (contrairement à Addie Ross qui lui offre un disque de Chopin ou de Schubert, je ne sais plus), la bonne - excellente Thelma Ritter - se comporte de manière tout à fait impossible -, et la patronne de Rita, venue accompagnée de son mari, est absolument imbuvable. Le tout donne lieu à une scène très réjouissante au cours de laquelle la mari de Rita, George (étonnant Stanley Kubrick) défend ses idéaux : bien qu'intellectuel et mal payé, il croit en l'éducation, et dresse une critique ironique et féroce de la radio, qui, sous prétexte d'éduquer les masses, les asservit à la société de consommation.

Dernier flash-back, celui de Laura Mae (merveilleuse Laura Darnell), une femme extrêmement belle et intelligente, mais issue d'un milieu très modeste, qui se rappelle comment elle a réussi à mettre le grappin sur son patron, Porter Hollingsway (Paul Douglas, parfait), un homme plus âgé qu'elle, plutôt rustre, mais qui a réussi à implanter une chaîne de magasins dans tout le pays. Avec beaucoup d'intelligence et de cynisme, Laura Mae allume son patron, tout en lui faisant clairement comprendre qu'il n'obtiendra aucune faveur, sauf s'il l'épouse. Mais l'on découvrira que tous deux sont en fait très amoureux l'un de l'autre, et souffrent d'une relation où le sentiment ne peut jamais s'exprimer.

Je ne raconterais pas la fin, mais j'ai beaucoup aimé l'histoire de ces trois femmes, particulièrement celle d'Ann Sothern et plus encore celle de Linda Darnell. Plus on avance dans le film, plus il augmente en intensité dramatique ; l'humour est très présent, et il y a beaucoup de finesse psychologique. L'étude de moeurs est particulièrement bien vue, ces trois femmes peinant à savoir qui elles sont et à trouver le bonheur dans une société où comptent avant tout le paraître et l'argent. Le film remporta l'oscar du meilleur scénario et celui de la mise en scène ; bien qu'il date de 1949, ces portraits de femmes ont conservé quelque chose de très actuel, de même que la critique de l'american way of life.


vendredi 4 mars 2011

Angel, d'Elizabeth Taylor (1957).

J'ai lu ce livre en février, et j'ai vraiment été très enthousiasmée par cette lecture.



Angel raconte l'histoire d'une jeune fille, qui, comme Emma Bovary, se nourrit de rêves et d'illusions dont le symbole est Paradise House, le domaine des riches aristocrates de sa région. Originaire d'un milieu modeste, rebelle, volontaire et mal élevée, contre toute attente, elle parviendra à vivre de sa plume en vendant des livres où son imagination exubérante met en scène des héroïnes à son image et des messieurs "forts comme des lions et qui pleurent comme des urnes", le tout dans des décors où le kitsch le dispute au ridicule. Incapable de voir le réel tel qu'il est, arrogante, prétentieuse, mais aussi solitaire et pathétique, elle connaîtra le succès, gagnera beaucoup d'argent et tombera amoureuse d'un peintre aristocrate, avant de connaître la déchéance.



Elizabeth Taylor se serait inspirée d'un écrivain adulé à l'époque de la reine Victoria, Marie Corelli, pour peindre cette héroïne capricieuse et insupportable ; grâce à sa plume fine, ironique et cruelle, elle parvient à nous la rendre terriblement émouvante, ce qui n'est pas un mince tour de force. A lire ce livre, on comprend que François Ozon s'y soit intéressé (la manière dont sont décrites les tenues de l'héroïne ne pouvait laisser indifférent un cinéaste de la couleur). Angel - qui aurait pu aussi s'appeler "Paradise House" est un livre que je recommande chaleureusement ; c'est un livre qui ne peut laisser indifférent. A signaler, la très belle préface de Diane Margerie, dont l'analyse est toujours aussi fine.



dimanche 27 février 2011

Le château du dragon, de Joseph Mankiewicz (1946).

Je reviens sur ce blog après un mois d'absence forcée - des soucis d'ordre professionnel ont mobilisé toute mon énergie ces derniers temps, et je n'avais le temps ni de vous lire, ni de vous écrire. Ces soucis ne sont pas encore derrière moi, mais j'estime avoir fait ce que j'avais à faire ; le reste ne dépend maintenant plus de moi.

Et comme je suis très en retard dans mes billets, je vais vous parler aujourd'hui d'un autre film de Joseph Mankiewicz, Le château du dragon.



Si vous avez aimé Jane Eyre de Robert Stevenson, Rebecca d'Alfred Hitchcock, et Mrs Muir et le fantôme de Joseph Mankiewicz, alors ce film est fait pour vous !

Miranda (la belle Gene Tierney), une fille de fermiers, est appelée au château de Dragonwyck, où vivent un cousin éloigné de sa femme, Nicholas Van Ryn (Vincent Price, qui se spécialisa ensuite dans les films d'horreur), son épouse malade et leur petite fille. Elle tombe amoureuse de Van Ryn qui, à peine devenu veuf, l'épouse. Lorsque meurt le fils né de cette union, Miranda découvre les secrets bien cachés de son mari, qui abuse des drogues, exploite ses paysans et... aurait assassiné sa femme.



Film au départ destiné à être réalisé par Ernst Lubitsch, adapté d'un best-seller qui remporta un succès foudroyant à l'époque et que Mankiewicz avait d'abord refusé d'adapter, le cinéaste a réussi à faire, à partir d'une trame à la fois mélodramatique et gothique, un film personnel. Dragonwyck est certes moins réussi que Mrs Muir and the ghost, mais n'en demeure pas moins extrêmement riche et signifiant, qu'on soit amateur de ce genre de film ou non : Le château du dragon est en effet un film gothique, mais aussi le récit d'un parcours initiatique avec une vision intéressante de l'image que l'Amérique a d'elle-même, un thriller au suspense haletant, et le portrait d'un personnage que ses vices rendent fascinant.

Chaque plan est une merveille d'intelligence, les dialogues sont fins et subtils, Gene Tierney apparaît à la fois très belle et très candide, et Vincent Price est étonnant dans ce rôle de grand seigneur méchant homme qui suscite au moins autant la pitié que le dégoût.

Un film que je ne juge peut-être pas forcément aussi réussi que ceux cités en préambule, mais qui reste d'un bon niveau.