mercredi 6 avril 2011

Avril enchanté, Elizabeth von Arnim.


Je n'ai malheureusement guère le temps de lire les billets écrits sur les blogs que j'avais l'habitude de suivre régulièrement, mais j'ai quand même deux bonnes nouvelles :

- la première, c'est que les soucis professionnels auxquels je faisais allusion dans un post précédent et qui m'ont beaucoup tracassé ces deux derniers mois sont en train de s'arranger à mon avantage ;

- la seconde, c'est que je pars en Italie dans quelques jours.

Du coup, ce billet est vraiment de circonstance, puisque ce livre d'Elizabeth von Arnim est réputé pour sa description de ce pays. ;)


L’intrigue débute sur une petite annonce : « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d’avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Comment résister à une pareille offre ? Mrs Lotty Wilkins, son amie Rose et deux autres colocataires se lancent dans l’aventure et partent seules, presque sans prévenir leurs époux, pour un séjour d’un mois dans ce château ; elles veulent y trouver le soleil, le repos et réfléchir sur leur vie passée et à venir.


J'ai trouvé ce petit livre extrêmement drôle, humain et attachant. la description de l'Italie est très belle, et ces personnages qu'un lieu enchanteur rend capable de se transformer et de devenir meilleurs est une invitation à l'optimisme. Elizabeth von Arnim n'oublie pas cependant d'épingler au passage nos petits travers, et c'est précisément cela qui met le sourire aux lèvres.

mardi 8 mars 2011

Chaînes conjugales, de Joseph Mankiewicz (1949).

Mankiewicz et moi, le début d'une grande histoire d'amour ? Je ne sais pas, mais j'ai vu ce film en décembre, et j'ai beaucoup aimé cette comédie douce-amère.

Le scénario est en effet un modèle d'intelligence : trois amies partent pour un pique-nique, lorsque leur parvient une lettre d'Addie Ross, qui leur annonce qu'elle s'est enfuie avec le mari de l'une d'entre elle... mais lequel ?

S'ensuivent alors trois flash back, au cours desquelles chacune des trois femmes se remémore sa vie conjugale, au cours de laquelle Addie Ross a joué un certain rôle.


Personnellement, j'ai trouvé que ces flash back n'étaient pas toujours amenés très habilement, mais j'ai apprécié que ce soit Addie Ross, dont on ne saura jamais à quoi elle ressemble tout au long du film, qui raconte l'histoire (la voix off est celle de Céleste Holm, la meilleure amie de Bette Davis dans All about Eve de Mankiewicz).

Premier flash-back, celui de Deborah (Jeanne Crain), la plus jeune, une fille issue de la campagne qui a travaillé pour l'armée et qui épouse un homme jeune, beau, riche et distingué, Brad. La soirée qu'il donne en l'honneur de sa jeune épouse pour la présenter à ses amis tourne à la catastrophe, tant la jeune épouse manque de confiance en elle ; elle a conscience que sa robe est affreuse, et elle a beaucoup trop bu pour calmer son anxiété. A côté d'elle, Addie Ross n'a aucun mal à incarner le summum de la classe... cette soirée tragi-comique sera cependant l'occasion pour Deborah de sympathiser avec Rita, qui se montre très solidaire vis-à-vis de sa nouvelle amie.

Deuxième flash-back, précisément celui de la blonde Rita (Ann Sothern), une épouse très moderne, puisqu'elle travaille pour la radio et gagne plus que son mari George, enseignant. Elle invite sa patronne dans le but d'obtenir un poste avantageux pour son mari, et là encore, la soirée tourne au drame : Rita a complètement oublié que c'était l'anniversaire de son mari (contrairement à Addie Ross qui lui offre un disque de Chopin ou de Schubert, je ne sais plus), la bonne - excellente Thelma Ritter - se comporte de manière tout à fait impossible -, et la patronne de Rita, venue accompagnée de son mari, est absolument imbuvable. Le tout donne lieu à une scène très réjouissante au cours de laquelle la mari de Rita, George (étonnant Stanley Kubrick) défend ses idéaux : bien qu'intellectuel et mal payé, il croit en l'éducation, et dresse une critique ironique et féroce de la radio, qui, sous prétexte d'éduquer les masses, les asservit à la société de consommation.

Dernier flash-back, celui de Laura Mae (merveilleuse Laura Darnell), une femme extrêmement belle et intelligente, mais issue d'un milieu très modeste, qui se rappelle comment elle a réussi à mettre le grappin sur son patron, Porter Hollingsway (Paul Douglas, parfait), un homme plus âgé qu'elle, plutôt rustre, mais qui a réussi à implanter une chaîne de magasins dans tout le pays. Avec beaucoup d'intelligence et de cynisme, Laura Mae allume son patron, tout en lui faisant clairement comprendre qu'il n'obtiendra aucune faveur, sauf s'il l'épouse. Mais l'on découvrira que tous deux sont en fait très amoureux l'un de l'autre, et souffrent d'une relation où le sentiment ne peut jamais s'exprimer.

Je ne raconterais pas la fin, mais j'ai beaucoup aimé l'histoire de ces trois femmes, particulièrement celle d'Ann Sothern et plus encore celle de Linda Darnell. Plus on avance dans le film, plus il augmente en intensité dramatique ; l'humour est très présent, et il y a beaucoup de finesse psychologique. L'étude de moeurs est particulièrement bien vue, ces trois femmes peinant à savoir qui elles sont et à trouver le bonheur dans une société où comptent avant tout le paraître et l'argent. Le film remporta l'oscar du meilleur scénario et celui de la mise en scène ; bien qu'il date de 1949, ces portraits de femmes ont conservé quelque chose de très actuel, de même que la critique de l'american way of life.


vendredi 4 mars 2011

Angel, d'Elizabeth Taylor (1957).

J'ai lu ce livre en février, et j'ai vraiment été très enthousiasmée par cette lecture.



Angel raconte l'histoire d'une jeune fille, qui, comme Emma Bovary, se nourrit de rêves et d'illusions dont le symbole est Paradise House, le domaine des riches aristocrates de sa région. Originaire d'un milieu modeste, rebelle, volontaire et mal élevée, contre toute attente, elle parviendra à vivre de sa plume en vendant des livres où son imagination exubérante met en scène des héroïnes à son image et des messieurs "forts comme des lions et qui pleurent comme des urnes", le tout dans des décors où le kitsch le dispute au ridicule. Incapable de voir le réel tel qu'il est, arrogante, prétentieuse, mais aussi solitaire et pathétique, elle connaîtra le succès, gagnera beaucoup d'argent et tombera amoureuse d'un peintre aristocrate, avant de connaître la déchéance.



Elizabeth Taylor se serait inspirée d'un écrivain adulé à l'époque de la reine Victoria, Marie Corelli, pour peindre cette héroïne capricieuse et insupportable ; grâce à sa plume fine, ironique et cruelle, elle parvient à nous la rendre terriblement émouvante, ce qui n'est pas un mince tour de force. A lire ce livre, on comprend que François Ozon s'y soit intéressé (la manière dont sont décrites les tenues de l'héroïne ne pouvait laisser indifférent un cinéaste de la couleur). Angel - qui aurait pu aussi s'appeler "Paradise House" est un livre que je recommande chaleureusement ; c'est un livre qui ne peut laisser indifférent. A signaler, la très belle préface de Diane Margerie, dont l'analyse est toujours aussi fine.



dimanche 27 février 2011

Le château du dragon, de Joseph Mankiewicz (1946).

Je reviens sur ce blog après un mois d'absence forcée - des soucis d'ordre professionnel ont mobilisé toute mon énergie ces derniers temps, et je n'avais le temps ni de vous lire, ni de vous écrire. Ces soucis ne sont pas encore derrière moi, mais j'estime avoir fait ce que j'avais à faire ; le reste ne dépend maintenant plus de moi.

Et comme je suis très en retard dans mes billets, je vais vous parler aujourd'hui d'un autre film de Joseph Mankiewicz, Le château du dragon.



Si vous avez aimé Jane Eyre de Robert Stevenson, Rebecca d'Alfred Hitchcock, et Mrs Muir et le fantôme de Joseph Mankiewicz, alors ce film est fait pour vous !

Miranda (la belle Gene Tierney), une fille de fermiers, est appelée au château de Dragonwyck, où vivent un cousin éloigné de sa femme, Nicholas Van Ryn (Vincent Price, qui se spécialisa ensuite dans les films d'horreur), son épouse malade et leur petite fille. Elle tombe amoureuse de Van Ryn qui, à peine devenu veuf, l'épouse. Lorsque meurt le fils né de cette union, Miranda découvre les secrets bien cachés de son mari, qui abuse des drogues, exploite ses paysans et... aurait assassiné sa femme.



Film au départ destiné à être réalisé par Ernst Lubitsch, adapté d'un best-seller qui remporta un succès foudroyant à l'époque et que Mankiewicz avait d'abord refusé d'adapter, le cinéaste a réussi à faire, à partir d'une trame à la fois mélodramatique et gothique, un film personnel. Dragonwyck est certes moins réussi que Mrs Muir and the ghost, mais n'en demeure pas moins extrêmement riche et signifiant, qu'on soit amateur de ce genre de film ou non : Le château du dragon est en effet un film gothique, mais aussi le récit d'un parcours initiatique avec une vision intéressante de l'image que l'Amérique a d'elle-même, un thriller au suspense haletant, et le portrait d'un personnage que ses vices rendent fascinant.

Chaque plan est une merveille d'intelligence, les dialogues sont fins et subtils, Gene Tierney apparaît à la fois très belle et très candide, et Vincent Price est étonnant dans ce rôle de grand seigneur méchant homme qui suscite au moins autant la pitié que le dégoût.

Un film que je ne juge peut-être pas forcément aussi réussi que ceux cités en préambule, mais qui reste d'un bon niveau.

mercredi 19 janvier 2011

Poupoupidou, de Gérald Hustache-Mathieu (2011).

J'ai un emploi du temps extrêmement chargé ce mois de janvier (pour changer ^^), aussi mardi, j'ai profité de ma journée pour aller me détendre et me poser devant Poupoupidou, un film de Gérald Hustache-Mathieu, avec Jean-Paul Rouve et Sophie Quinton.

Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, les critiques que j'avais lues étaient plutôt élogieuses, mais la bande-annonce ne m'avait pas complètement convaincue. Et pour finir, j'ai trouvé ce thriller qui se déroule à Mouthe, la ville la plus froide du Jura, extrêmement drôle, cocasse et original.

L'histoire ? Un écrivain de polars à la James Ellroy enquête sur le suicide d'une Miss Météo francomtoise qui avait tendance à s'identifier à Marilyn Monroe. Très vite, il suspecte un meurtre maquillé en suicide... Malgré le peu de moyens, le film est très bien filmé (tous les détails ont du sens) et surprend par un ton et un humour résolument originaux ; en outre, les comédiens sont excellents, y compris les seconds rôles, qu'il s'agisse de la tenancière de l'hôtel habillée en gothique, ou de la coiffeuse locale, toujours vêtue de manière exotique... c'est en outre un très beau portrait de femme qu'il nous est donné de découvrir là, avec une réflexion toujours d'actualité sur la soif de célébrité et ses désagréments.

On songe à Laura d'Otto Preminger, où un détective enquête sur une femme assassinée dont il tombe peu à peu amoureux ; on songe aussi à Boulevard du crépuscule, où c'est un mort qui raconte en voix off ce qui s'est passé ; et, bien sûr, les références à la vie, aux chansons, aux photographies et aux films de Marilyn sont là en filigrane, mais pas besoin de bien connaître l'actrice pour apprécier le film, qui est filmé de manière résolument contemporaine.

En bref, un film à la fois sombre, frais et léger (oui, tout ça à la fois !), et un réalisateur et des acteurs à suivre.

PS : Et la bande-son est vraiment géniale ! ;)

samedi 15 janvier 2011

Poussière, de Rosamond Lehmann.

La Première Guerre mondiale vient de s’achever. À l’issue des ses études à Cambridge, Judith Earle, jeune fille de 18 ans, regagne la grande maison familiale au bord de l’eau. Elle assiste au retour de ses voisins, les cousins Fyfe, qu’elle a idolâtrés tout au long de son enfance solitaire. Dans une mosaïque qui fait alterner passé et présent, le lecteur est témoin du douloureux apprentissage sentimental de Judith qui, tour à tour, à des moments différents de sa courte existence, est tombée amoureuse de chacun des cousins… pour finir irrémédiablement déçue.

J'ai fini de lire Poussière de Rosamond Lehmann il y a quelques semaines. Bilan des courses ? Je ne sais pas trop si j'ai aimé ce roman ou pas. Je crois quand même que je l'ai apprécié. A vrai dire, je ne connaissais pas du tout cet auteur, et je ne savais pas trop à quoi m'attendre...

Poussière met en scène une jeune fille, Judith, et ses altermoiements amoureux. Elevé dans une quasi solitude - elle ne découvrira la vie en collectivité que fort tard, à Cambridge, et ses relations avec ses parents, même si elle aime beaucoup son père, sont assez distantes (il n'en est pour ainsi dire presque pas question dans le roman, ou fort tardivement). Judith est fascinée depuis l'enfance par la famille Fyfe qui vient passer ses vacances dans la maison d'à côté : Charlie, Mariella, Martin, Julien et Roddy, qui sont tous plus ou moins frères et cousins. Tout cela se déroule au lendemain de la seconde guerre mondiale, à la campagne, dans un milieu aisé.

En fait, ce qui est intéressant dans ce roman, c'est moins l'intrigue que la façon dont Rosamund Lehmann se fait le peintre de l'âme humaine et d'une nature toujours en fleur. Enfin, peintre est un bien grand mot, étant donné qu'elle décrit des sensations toujours en mouvement, et ce avec une grâce et un talent remarquables. J'ai beaucoup aimé certaines scènes, en particulier celle des jeunes gens qui font du patin à glace au début de la Deuxième partie, je crois. J'ai également bien aimé la partie qui se déroule à Cambridge, qui m'a parue beaucoup plus vivante et m'a fait penser à Maurice d'E.M. Forster, ou encore ou début de Retour à Brideshead, d'Evelyn Waugh, deux romans qui décrivent la vie à l'université. Rosamund Lehmann en propose une version féminine cette fois.

Judith, le personnage principal, accorde sans doute trop d'importance à ces voisins occasionnels, et aux rêveries et fantasmes qu'ils suscitent en elle. Elle vit à travers le regard qu'ils portent sur elle, et pour eux plutôt que pour elle-même. Elle voudrait avoir autant d'importance à leurs yeux qu'eux en ont pour elle.

L'Histoire avec un grand H est curieusement absente du roman, même si la première guerre mondiale apparaît en filigrane (elle tue Charlie, le plus séduisant et les plus faible de la famille Fyfe, qui avait épousé Mariella avant la guerre, et qui a eu un enfant de lui, Peter ; elle affecte les nerfs de Julien, qui apparaît comme celui ayant la sensibilité la plus exacerbée). Le fait que Judith, une femme, puisse étudier, montre aussi l'évolution des moeurs.

L'amitié de Judith avec Jennifer est ambiguë, comme le montrera la fin du livre, mais Judith est d'une telle candeur, d'une telle innocence, qu'elle ne s'en rend pas compte, ou ne veut pas le voir. Elle est amoureuse de Roddy, qui apparaît comme quelqu'un d'assez désinvolte (le roman suggère qu'il est davatantage intéressé par un garçon de son âge, Tony). Quoique belle et intelligente, Judith est inexpérimentée, elle est amoureuse de la famille Fyfe et voudrait se l'approprier, c'est pourquoi elle se tournera tour à tour vers Roddy, le bon Martin, Julien, qui la feront souffrir et réciproquement, avant de recevoir plusieurs révélations ou confirmations grâce aux lettres de Julien, Mariella et Jennifer à la fin du livre. Une fin qui nous laisse une héroïne terriblement désillusionnée, mais aussi, d'une certaine manière, libérée de la tyrannie d'elle-même et des autres : à elle s'ouvrent enfin tous les possibles...

C'est un roman difficile à appréhender, parce que parfois insaisissable ; il porte malgré lui les traces de la sensibilité qui l'a vu naître - ces gens extrêmement raffinés et cultivés, ces descriptions de corps jeunes et beaux, ce goût pour pour la nature, les fleurs et l'eau font songer à la poésie et à la peinture symboliste, et à l'art nouveau ; cette analyse fine et précise de l'amour, de l'adolescence et de l'amitié, à certains passages de La Recherche - Rosamund Lehmann et Marcel Proust ont parfois la même prose lumineuse, comme impressionniste ; certaines de ses descriptions font d'ailleurs penser aux peintres de ce mouvement, tant par leurs thèmes (déjeuner sur l'herbe, promenade en barque, etc) que par la manière dont elles sont menées (d'une certaine manière, Rosamund Lehmann est un peintre des impressions, dont la nature est d'être changeantes).



Le projet de Rosamund Lehmann fait également songer à l'entreprise de ses contemporains, Virginia Woolf et consorts, qui s'efforçaient de décomposer les sensations et de remettre en cause les codes et conventions romanesques. Sauf que Rosamond Lehmann est beaucoup moins intellectualiste que Virginia Woolf, et c'est tant mieux - il faut dire que je ne suis pas une très grande fan de Virginia Woolf, dont les écrits m'obligent à beaucoup de concentration, et qui en général me fichent la migraine. Rosamund Lehmann est plutôt à l'image de ses deux héroïnes - Jennifer et Judith - à la fois sensible et sensuelle.

C'est un roman de débutante, qui s'inspire sans aucun doute de la vie intérieure de son auteur, avec des fautes de débutante (par moment, certains dialogues sont quand même hautement improbables, on pourrait presque croire que c'est Judith qui en invente les réponses, tant on ne voit pas les gens parler comme ça "dans la vraie vie"), des longueurs, l'absence d'une intrigue vraiment reserrée, mais écrit avec beaucoup de talent, indéniablement.

Une photographie de Rosamond Lehmann, de son frère et d'un ami de la famille (?) qui pourrait très bien servir d'illustration au roman :

Livre offert par Summerday dans le cadre du Secret Santa organisé sur Whoopsy Daisy, et recommandé par Emjy, dont voici le billet :

L'avis d'Emjy

mardi 11 janvier 2011

L'Affaire Cicéron, de Joseph Mankiewicz (1952).

Lorsque j'ai besoin d'un conseil cinéma, je vais sur le blog de mon ami Justin, alias le Cinéphile Stakhanoviste :

Chroniques du Cinéphile Stakhanoviste

Je suis tombée dessus complètement par hasard il y a de cela plusieurs mois en cherchant des informations sur le film Ulysse de Mario Camerini avec Kirk Douglas dans le rôle principal, et c'est le seul site qui en parlait de manière pertinente et approfondie.

Et de voir que c'est Ava Gardner dans le rôle de Pandora qui figurait et qui figure toujours sur la bannière de ce blog, je me suis dit : "Stakhanoviste ou pas, ce cinéphile ne peut qu'avoir bon goût". ;)

A partir de là, je me suis mis à fréquenter régulièrement ce blog, parce que j'y trouve toujours des idées de film à y piocher.

*

Quand j'étais petite (oui, attention, là, je vais un peu passer du coq à l'âne, mais vous verrez, je retombe toujours sur mes pattes) - quand, j'étais petite, donc, je n'allais pas souvent au cinéma, mes parents ayant été très refroidis par l'expérience ayant consisté à m'emmener voir Les aristochats : je n'y comprenais rien, et j'étais complètement terrifiée. Je n'étais pas une cinéphile précoce.

Par la suite, un peu plus grande, j'avais un frère plus âge qui se rendait fréquemment au cinéma qui se trouvait non loin de chez nous, et qui nous racontait toujours à table le film qu'il avait vu dans la semaine. Mon frère avait un vrai talent de conteur, et une vraie passion pour le cinéma qui l'a un un peu quitté depuis. Il tenait même à jour des carnets où il notait scrupuleusement les films qu'il avait vus, avec un certain nombre de renseignements factuels dessus (le genre de choses que je n'ai jamais eu le courage et la patience de faire).

Mon premier contact avec le cinéma passa donc d'abord par l'art du conteur, avant de devenir ensuite plus livresque : mon frère avait en effet beaucoup de livres sur le cinéma, et en empruntait souvent ; j'adorais les feuilleter pendant des heures, mémorisant ainsi des images, des noms et des résumés de films que je n'avais jamais vus.

C'est seulement devenue plus grande que je me suis mise à fréquenter les salles obscures avec assiduité, même si ces dernières années, l'arrivée du dvd a considérablement modifié mes habitudes de spectatrice.

Tout ça pour dire que comme beaucoup de gens, j'adore le cinéma, et tout particulièrement celui de l'âge d'or d'Hollywood (comment ça, ce billet commence à devenir vraiment verbeux ?^^). Et que j'adore James Mason et Gene Tierney, que j'ai découvert respectivement dans Pandora and the flying dutchman et Mrs Muir and the ghost, deux films réalisés complètement différemment, mais qui abordent un peu le même sujet.

Alors quand Justin m'a fait savoir sur son blog que les éditions Carlotta rééditaient trois films de Joseph Mankiewicz mettant en scène ces deux acteurs, je n'ai eu qu'un mot : "ce coffret, il me le faut !"

Et je n'ai pas regretté cette impulsion première.

L'affaire Cicéron (1952)

L'action du film de Mankiewicz se situe à Ankara, en Turquie, pendant la seconde guerre mondiale – une région officiellement neutre.





Première scène : l'ambassadeur d'Allemagne assiste à une réception au cours de laquelle une cantatrice chante un morceau de Wagner. Musique qui ennuie l'ambassadeur, si bien qu'il se dirige vers le buffet, où se trouve l'élégante comtesse Staviska, en train de manger avec un bel appétit. S'engage entre eux deux une conversation à fleuret moucheté où l'on comprend que la comtesse, une jeune et belle veuve très distinguée, a été obligée de fuir la Pologne à cause des Nazis ; elle n'a plus un sou et finit par demander à l'ambassadeur d'Allemagne s'il n'aurait pas besoin d'elle... en tant qu'espionne. L'ambassadeur refuse brutalement. Il se retire ; entre alors l'ambassadeur de Grande-Bretagne, et la réception poursuit son cours.

Deuxième scène : un homme (James Mason) s'introduit dans le bureau de Moyzisch, un sous fifre de l'ambassade d'Allemagne. Il est là pour vendre des photographies de documents de l'ambassade britannique classés top secret. Moyzisch accepte, après en avoir référé à ses supérieurs qui baptisent cet espion « Cicéron ». Cet espion amateur qui semble dominer la situation de main de maître n'est autre que Diello, le valet de chambre de l'ambassadeur de Grande-Bretagne.





Troisième scène : Diello se rend chez la comtesse Staviska dont il a été le serviteur autrefois, avant de se faire renvoyer. Il lui propose un marché : qu'elle achète une maison avec l'argent qu'il lui donne pour organiser des soirées mondaines où la diplomatie allemande pourra officiellement se rendre, ainsi elle couvrira ses activités, et pourront amasser suffisamment d'argent pour s'enfuir en Amérique du sud. La comtesse le gifle, mais accepte son marché...

Premier problème : les Anglais s'aperçoivent de certaines fuites et font appel à un enquêteur venu de Londres, pour élucider l'affaire.

Deuxième problème : la comtesse remplira-t-elle jusqu'au bout sa part du contrat ?


Cette histoire s'inspire de faits réels, et le film, qui par moments fait penser à du Lubitsch, à d'autres à du Hitchcock, dépasse le simple film d'espionnage pour explorer la relation de servilité qu'entretiennent les personnages, à un moment ou à un autre, vis-à-vis de leurs supérieurs. Dialogues et réalisation d'une extrême finesse, analyse psychologique subtile, suspense savamment entretenu, ce film est assurément l'un des meilleurs et des plus captivants de Mankiewicz, James Mason et Danielle Darrieux s'y montrant au sommet de leur art dramatique...

Mais naturellement, tout ça, le Cinéphile Stakhanoviste le dit beaucoup mieux que moi dans cet article...

L'affaire Cicéron - Five Fingers

Très prochainement, je compte bien évoquer les deux autres films de ce coffret, Le château du dragon et Chaînes conjugales. ;)