vendredi 20 juillet 2012

L'Etrange disparition d'Esme Lennox, de Maggie O'Farrell.



Entre l'Inde et l'Écosse, des années 1930 à nos jours, l'histoire déchirante d'une femme enfermée, rejetée de la société et oubliée des siens. Un roman d'une beauté troublante, où s'entremêlent des voix aussi profondes qu'élégantes pour évoquer le poids des conventions sociales et la complexité des liens familiaux, de l'amour à la trahison. A Édimbourg, l'asile de Cauldstone ferme ses portes. Après soixante ans d'enfermement, Esme Lennox va retrouver le monde extérieur. Avec comme seule guide Iris, sa petite-nièce, qui n'avait jamais entendu parler d'elle jusque-là. Pour quelle étrange raison Esme a-t-elle disparu de la mémoire familiale ? Quelle tragédie a pu conduire à son internement, à seize ans à peine ? Toutes ces années, les mêmes souvenirs ont hanté Esme : la douceur de son enfance en Inde, le choc de son arrivée en Écosse, le froid, les règles de la haute bourgeoisie et, soudain, l'exclusion... Comment sa propre sœur, Kitty, a-t-elle pu cacher son existence à ses proches? Et pourquoi Iris se reconnaît-elle tant dans Esme ? Peu à peu, de paroles confuses en pensées refoulées, vont ressurgir les terribles drames d'une vie volée...

L'histoire de cette jeune fille excentrique mise sur la touche est vraiment très touchante. On ne s'ennuie pas une seule seconde à la lecture, tant l'intrigue est palpitante.

Il faut dire que l'auteur, avec beaucoup d'habileté, fait alterner trois points de vue : celui d'Iris, une toute jeune femme, celui d'Euphemia alias Esme, et celui de Kitty, la "grand-mère" d'Iris.

C'est surtout le point de vue d'Esme, qui, en remontant le fil de sa mémoire, va nous aider à comprendre les raisons de son enfermement dans cette "maison de santé". Les points de vue d'Iris et de Kitty, frappée par la maladie d'Alzheimer, nous aident à mieux comprendre ce qui s'est passé.

Je ne saurais dire si ce livre est bien écrit, mais ce qui est sûr, c'est que l'on tourne les pages avec impatience, tant on a hâte de connaître la suite.

C'est dommage qu'Iris et Esme n'aient pas davantage le temps de faire connaissance, mais en même temps, je trouve le traitement de leur relation assez juste (même si au final, la petite fille s'avère moins fascinante que sa véritable grand-mère).


Même si ce n'est pas une histoire vraie, la vie d'Esme est bouleversante, car de nombreux cas réels de ce genre ont existé. Il devait être si commode de placer dans ce genre d'institutions des femmes qui n'entraient pas dans le moule où la société voulait les mettre ! C'est ce dont ce livre fait prendre conscience, et c'est assez effrayant.



Un vrai coup de coeur ! ;)


jeudi 19 juillet 2012

La maison sur le rivage de Daphné du Maurier (1969).




Dick est invité par son ami Magnus Lane à passer ses vacances, en solitaire, dans le charmant petit village de Tywardreath en Cornouailles. Il en a bien besoin car il se sent harcelé par son épouse Vita qui le pousse à quitter la maison d'édition où il travaille pour aller vivre aux États-Unis. En fait, Magnus, professeur de biophysique à l'Université de Londres, a besoin de lui pour expérimenter une drogue qu'il a récemment mise au point. Quoique réticent, Dick ingurgite cette potion et, à son extrême étonnement, se retrouve sur la lande en présence d'un cavalier mystérieux. Attiré comme un aimant, il le suit et se rend compte rapidement qu'il a été propulsé au XIVe siècle dans ce même village. Phénomène étrange, il peut voir, entendre et comprendre sans que sa présence soit révélée. Renouvelant l'expérience à plusieurs reprises, Dick sera le témoin volontaire et invisible des amours, des passions et complots ourdis par la noblesse et le clergé de ce village quelque cinq siècles auparavant.


C'est un roman plutôt déconcertant, qui oblige le lecteur à des aller et retour constants dans le passé. On retrouve les thèmes chers à Du Maurier : sa région natale, les Cornouailles, avec la présence de ses paysages et de la mer ; une maison mystérieuse ; un homme qui trouve son quotidien ennuyeux et qui se retrouve irrésistiblement attiré par une femme qui n'est rien d'autre qu'un fantôme, puisqu'elle apppartient au passé et évolue dans l'univers du XIVème siècle. Le contraste entre la réalité des années 1960 et le Moyen-Âge dans lequel le narrateur se livre à des pérégrinations régulières est très frappant ; les scènes qui se déroulent dans le passé sont très bien écrites et très saisissantes. Le lien qui unit Dick à Magnus, son ami scientifique, est assez mystérieux - dans la mesure où Vita, l'épouse de Dick est très jalouse du lien entre son mari et Magnus, on peut soupçonner une amitié de nature homosexuelle - et le récit oscille entre roman historique et roman fantastique. Je le conseille aux amateurs du genre !

mercredi 18 juillet 2012

Compartiment pour dames, d'Anita Nair.



Akhila a toujours fait ce qu’on attendait d’elle et tout sacrifié à sa famille. Mais un jour, elle en a assez et décide de partir en voyage pour faire un bilan de sa vie. Dans le train qui l’amène à destination, elle est dans un compartiment réservé aux femmes. Les autres passagères vont lui parler tour à tour de leur vie et de la situation de la femme dans une Inde coincée entre tradition et modernité…

Ce livre est écrit de manière très simple, et il est de ce fait très agréable à lire. Ce n'est pas une écriture recherchée, mais c'est néanmoins un livre bien écrit. Il y a des termes indiens qui sont fréquemment utilisés, en particulier pour parler de la nourriture, mais cela n'entrave pas la compréhension (d'ailleurs, il y a un mini lexique à la fin, auquel je n'ai pas eu recours, puisque je n'avais pas vu son existence).

J'ai été séduite par l'exotisme du roman, qui se manifeste dans le fait que l'auteur évoque les odeurs, la cuisine, l'atmosphère des rues de l'Inde, ainsi que les mentalités. Dans ce train, six femmes vont tour à tour raconter leur vie, Akhila étant celle qui à la fois les écoute et se raconte. Le roman n'est pas construit avec des chapitres qui feraient s'alterner les voix de ces six femmes, mais tout est entremêlé : chacune des histoires de ces femmes prend une valeur exemplaire.

Toutes ne m'ont pas marquée, en revanche, j'ai beaucoup aimé celle de la femme professeur de sciences-physiques qui a une vision très particulière de la vie (elle associe les êtres à des éléments chimiques en fonction de leurs caractéristiques) et qui décide d'engraisser son mari pour l'empêcher de nuire (le rapport à la nourriture est analysé de manière très fine dans cette histoire).

J'ai également beaucoup aimé le récit de cette jeune femme élevée de manière traditionnelle, qui, à la suite d'un voyage en Europe, s'émancipe (elle s'habille à l'europénne et adopte un comportement "assez libre", pour ensuite revenir au conformisme dans lequel elle a été élevée, jusqu'au jour où elle décide de prendre sa vie en main et d'apprendre toute seule à nager). Les passages où elle se rend en cachette au bord de la piscine pour observer les autres nageurs, et la description du moment où elle réussit à retrouver la maîtrise d'elle-même et de son corps sont très beaux.

J'ai regretté que l'histoire de la jeune fille si liée à sa grand-mère ne soit pas davantage creusée, et j'ai trouvé l'histoire de la femme aux origines si modestes absolument terrible. Je n'ai pas trop aimé cette histoire ; j'ai trouvé certains de ses aspects assez glauques et dérangeants.
C'est un roman dont le ton est résolument féministe et qui apporte un point de vue nuancé sur la condition féminine. J'ai été scandalisée par la façon dont Akhila avait été traitée par certains membres de sa famille ; en revanche, je n'ai pas trop aimé la façon dont son histoire finit (mais chut !) ;)
En somme, c'est un livre vraiment intéressant, et l'on ne s'ennuie pas du tout. Je trouve qu'en plus d'être dépaysant, les problèmes qu'il évoque ne sont pas circonscrits à l'Inde ; c'est un roman qui pousse à réfléchir et qui s'avère très stimulant pour l'esprit.





Lu dans le cadre du Mois de l'Inde sur Whoopsy Daisy.

Nouvel emménagement.


Après des mois bien chargés, voici enfin venu le temps des vacances !

Je suis bien contente de pouvoir à nouveau lire la blogosphère.

J'ai hésité à changer d'adresse, et puis finalement, je me sens bien dans ces vieux murs.

J'ai un peu dépoussiéré par-ci par-là, et me voilà prête à reprendre possession de mes Pénates.

Comme j'ai lu beaucoup de livres ces derniers temps, les prochaines semaines devraient voir un blog plus animé.

dimanche 25 décembre 2011

Je sais que ce blog est désert depuis des semaines...

... mais je voulais quand même vous souhaiter un très joyeux Noël !!!


Du nouveau concernant mes prochaines lectures très vite ! ;)

vendredi 23 décembre 2011

New York, New York, de Martin Scorsese (1977).

Vu New York, New York de Martin Scorsese, avec Robert de Niro et Liza Minelli, un film sur la rencontre entre un saxophoniste virtuose et une chanteuse et danseuse très douée dans les années 1940... j'ai beaucoup aimé ; Robert de Niro a un jeu très intense ; Liza Minelli donne le meilleur d'elle-même. C'est filmé par un grand réalisateur, et certaines scènes sont extrêmement drôles, parfois déjantées, émouvantes souvent.

Bien sûr, la musique joue un rôle très important dans le film. Les morceaux chantés par Liza à ses débuts sont parfois sirupeux, mais au fur et à mesure que sa carrière se construit, elle en vient à interpréter des chansons plus originales et personnelles. Et la dernière scène est mythique.

vendredi 9 décembre 2011

Rien n'est trop beau, de Rona Jaffe (1958).

Dans le New-York des années cinquante, cinq femmes d'horizons différents, secrétaires dans une maison d'édition, aspirent à un avenir heureux et cherchent leur place au soleil dans une société dominée par les hommes. Si l'une ambitionne d'être directrice éditoriale, l'autre rêve secrètement d'être chanteuse, et à la troisième seul importe un mariage réussi...A travers le portrait croisé de ces cinq héroines, c'est toute une société et toute une époque qui renaîssent sous la plume talentueuse de Ronna Jaffe, époque à laquelle le mariage était, pour les femmes, un sésame indispensable ...Publié en 1958 aux Etats-Unis, ce premier roman qui n'a pas pris une ride rend un très bel hommage aux femmes, dans une atmosphère rétro pleine de charme, clin d'oeil à la série Madmen.

J'ai lu ce roman début novembre, et j'ai beaucoup aimé cet ouvrage de Rona Jaffe publié en 1958.

J'ai été d'abord un peu déconcertée par le début, car la romancière prend le temps de poser ses personnages (ce qui ne veut pas dire que cela soit ennuyeux, bien au contraire, mais je m'attendais à un roman plus dynamique et plus enlevé). Cinq héroïnes très différentes les unes des autres, âgées à peu près d'une vingtaine d'années, font leur entrée dans une maison d'édition. Elles vont être amenées à faire des choix amoureux et professionnels très différents, puisque l'une fera un mariage classique traditionnel, arrêtant alors de travailler pour avoir des enfants ; la seconde, comédienne travaillant comme secrétaire pour combler des fins de mois difficiles, s'amourachera d'un producteur ; la troisième tombera amoureuse d'un fils de famille qui la laissera froidement tomber ; la quatrième, fraîchement divorcée et mère, réussira à refaire sa vie ; et enfin la dernière finira par privilégier sa carrière, se révélant incapable, après des fiançailles rompues, de renouer avec les conventions qui régissent la vie d'un couple dans les années 1950-1960.

Sans que ce soit un coup de coeur (ceci dit, c'est difficile pour moi en ce moment de passer à autre chose après La couleur des sentiments, et Rien n'est trop beau a quand même su me captiver), j'ai trouvé l'intrigue très fluide, jamais ennuyeuse. Les personnages féminins et masculins sont très crédibles et attachants. C'est une fiction qui n'est jamais artificielle ; le New-York mythique de ces années là, tel qu'on peut le découvrir dans des films de Billy Wilder comme Sept ans de réflexion et La garçonnière, est bien restitué, et les problèmes de ces femmes (comment conjuguer le modèle conjugal traditionnel et la vie professionnelle) gardent toute leur actualité. La réflexion de l'auteur est fine (aucun modèle n'est montré comme étant supérieur aux autres ; certaines femmes suivent un parcours très conventionnel, d'autres s'efforcent de s'engager dans une autre voie, non sans mal) et son style, bon : c'est simple, mais bien écrit ; les scènes d'amour sont dépeintes avec beaucoup de pudeur, et ce roman n'exclut pas quelques touches d'humour.

Bref, je le conseille à tous ceux qui s'intéressent au New-York des années 1950-60 et à la condition féminine.