jeudi 8 octobre 2009

dimanche 26 juillet 2009

Le Hérisson (Mona Achache)


Un billet que j'ai sur le métier depuis un certain temps et dont j'ai ressenti ce soir le besoin de me "débarrasser". Le Hérisson est une adaptation cinématographique qui s'inspire librement d'un livre de Muriel Barbery qui connut (et qui connaît encore) un beau succès de librairie depuis sa parution, grâce au bouche à oreille mis en place par les libraires.

Autant le mentionner tout de suite : je suis loin d'être une fanatique du livre, qui, malgré de bonnes idées, souffre à mes yeux d'un certain nombre de défauts, en particulier une vision bien trop manichéenne de la société (d'un côté, la méchante bourgeoisie dont la culture n'est qu'un vernis et qui bien sûr est pétrie de vices ; de l'autre, des sans grades qui cachent naturellement un savoir encyclopédique et un coeur d'or) ; un style, qui, quoique très travaillé, sent malheureusement parfois la boursouflure et la prétention, tant les références culturelles surabondent (les passages philosophiques, en particulier, sont d'un ennui mortel, et à vrai dire assez peu à leur place dans cet ouvrage de fiction : un éditeur consciencieux les aurait fait élaguer par l'auteur) ; et enfin, la présence regrettable de certains clichés, en particulier ceux relatifs à l'Asie et au Japon (Muriel Barbery sacrifie en effet à la mode nippone).

Le dispositif à la Perec du livre était pourtant intéressant (l'action se déroule presque uniquement dans un immeuble), mais ce conte de fées mis à mal par l'accident final souffre d'un manque total de crédibilité, renforcé par l'explication vaguement psychologisante et surtout très niaise du caractère de René (je pense ici à ce qu'elle révèle de son enfance à la jeune Paloma).

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L'adaptation cinématographique de ce livre m'a cependant réservé une belle surprise, car ses défauts se sont miraculeusement métamorphosés sous la baguette de Mona Achache. Le film a d'ailleurs remporté un beau succès dans les salles françaises au cours du mois de juillet.

En effet, le scénario a su élaguer les boursouflures du livre : le spectateur n'a pas affaire à un simple "copier-coller". Ainsi, l'adolescente ne tient plus un journal, elle filme son entourage.

Le choix de ce moyen d'expression est doublement intelligent de la part de la réalisatrice : non seulement il est réaliste en ce sens que ce média est actuellement privilégié par les adolescents, mais surtout, Mona Achache se place sur le terrain qui est le sien, non plus celui des mots, mais celui des images.

Images qui s'avèrent d'ailleurs être de trois sortes dans ce film : il y a d'abord l'image pure et simple, c'est-à-dire ce que filme Mona Achache ; ensuite, les images filmées par Paloma avec la vieille caméra de son père, images facilement reconnaissables, tant elles sont brouillées ; et enfin, les dessins de Paloma, qui s'animent parfois sous nos yeux.

Ce mélange, intéressant, constitue une belle réussite, d'autant plus que si Mona Achache avait voulu retranscrire le journal de Paloma - une adolescente que pour ma part je trouve terriblement prétentieuse et agaçante - le tout aurait probablement donné quelque chose de très ennuyeux, le journal de Paloma n'étant pas franchement ce qu'il y a de plus réussi dans L'Elégance du hérisson.

Un procédé également intéressant dans ce film, la répétition des propos qui ont été tenus dans les scènes précédentes, à la manière d'un bruissement de plusieurs voix, et ce afin de traduire les monologues intérieurs des personnages : j'imagine que la chose, si elle est systématisée, peut lasser, mais il se trouve que dans ce film, cela fonctionne assez bien.

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Autre gros point fort du film : les comédiens. Mention spéciale à Josiane Balasko dans le rôle de la concierge, Renée, qui livre une performance tout en sensibilité et en délicatesse.






Garance le Guillermic ne s'en sort pas trop mal dans le rôle de Paloma et réussit à me rendre plus sympathique un personnage pour lequel j'éprouvais peu d'empathie.






Togo Igawa, très bel homme, incarne un Kakuro au sourire pétillant.







Dans les rôles secondaires, Anne Brochet (Cyrano de Bergerac), dans le rôle de la mère, joue de manière très juste, et Wladimir Yordanoff est intéressant dans le rôle de l'homme politique un peu dépassé par sa famille.





Ariane Ascaride (que je n'ai pas reconnue) est très bien dans le rôle de Manuela, la femme de ménage devenue l'amie de Renée. On notera également la présence de Gisèle Casadesus dans le rôle d'une des habitantes de l'immeuble.




La musique et la lumière sont également fort belles.

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Bref, un film émouvant, même si la morale reste celle des bons sentiments, et un film cohérent, loin de la prétention et de l'aigreur dont se drapaient certains passages du livre, relu récemment, et sur lequel mon avis n'a pas vraiment changé. Assez curieusement, l'intrigue pourtant fragile de Muriel Barbery passe beaucoup mieux dans le film, qui sait distiller avec plus de sincérité l'humour et l'émotion. D'ailleurs, le film touche incontestablement le public, peut-être parce qu'à travers l'image du bocal à poissons, filée tout au long du film, Mona Achache évoque aussi le drame de l'incommunicabilité moderne.




vendredi 24 juillet 2009

La collection d'estampes japonaises de Monet à Giverny.



Un goût pour le Japon


Qu'est-ce qui a lancé la mode du japonisme au XIXème siècle ? Sans aucun doute, les expositions universelles de Londres en 1862 et de Paris en 1878. C'est un bouleversement : les artistes japonais proposent une vision totalement nouvelle, en rupture avec les conventions de la peinture occidentale. Monet, comme beaucoup d'autres, se montre enthousiaste : il se met à collectionner les estampes des plus grands maîtres.


Les débuts de la collection de Monet

Il existe plusieurs versions sur l'origine de la collection d'estampes de Monet. Son ami et biographe Gustave Geffroy la relate ainsi : " C'est de Hollande que Monet a rapporté la plupart de ces merveilles, les premières trouvées, comme il l'a raconté, chez quelque épicier de village où elles étaient venues avec les denrées des îles et des possessions d'outre-mer."



Marc Elder est plus précis, citant Monet : "J'eus la bonne fortune de découvrir un lot d'estampes chez un marchand hollandais. C'était à Amsterdam dans une boutique de porcelaine de Delft." Monet marchandait sans succès un objet. "Soudain j'aperçois sur un rayon, en contrebas, un plat rempli d'images. Je m'approche : des estampes du Japon !" Le marchand, peu au fait de la valeur de ces estampes, les lui cédait alors avec le pot.

Choix et rejets

Claude Monet ne cesse ensuite de compléter sa collection, qui compte 231 estampes à la fin de sa vie. Il sélectionne avec beaucoup de flair les plus grands maîtres des XVIIIème et XIXème siècles : collection éclectique, qui privilégie pourtant les trois plus grands, Hokusai, Hiroshige et Utamaro. La préférence de Monet va aux paysages, à la représentation des éléments. Les lettres de Monet révèlent combien il se passionne pour les estampes japonaises, à la fois comme artiste et comme collectionneur.


La collection

La collection d'estampes japonaises de Monet nous est parvenue intacte, léguée dans son intégralité à l'Institut des Beaux-Arts par son fils Michel Monet. Elle a été restaurée et entièrement réencadrée.


Les visiteurs la découvrent aujourd'hui ,aussi surpris que les contemporains de Monet ont pu l'être, dans la maison de l'artiste à Giverny. La visite de la maison et de cette collection exceptionnelle d'estampes permettent de s'imprégner de l'univers de Monet.



A titre de complément, l'adresse du blog tout à fait passionnant d'Ariane, guide à Giverny :

vendredi 17 juillet 2009

Sans rancune ! (Yves Hanchar)


1955 - Un internat en Belgique. Laurent Matagne, 17 ans, croit discerner sous l'identité de son professeur de français surnommé "Vapeur", son père disparu lors d'un raid aérien pendant la guerre de 1940. Vapeur est excentrique, mystérieux, inquiétant, brillant, et il communique vite à Laurent sa passion pour la littérature, au point de susciter chez lui une vocation d'écrivain. Matagne et son ami Boulette décident de mener l'enquête. Alors qu'ils échafaudent un plan pour confondre Vapeur, Matagne s'attèle à son premier roman.

Il y a plusieurs mois, en évoquant Les Belles Années de Mademoiselle Brodie, je pensais que le livre sur l'influence que peut avoir un professeur charismatique sur ses élèves restait encore à écrire. Le film, lui, est d'ores et déjà réalisé par Yves Hanchar, qui s'est appuyé sur sa propre histoire pour rédiger un scénario original, intrigant et bien écrit sur des thèmes extrêmement forts - parce qu'universels.

La reconstruction d'un pays après la guerre et le rôle de l'éducation dans cette reconstruction.

Le film se déroule en Belgique dans un pensionnat bien particulier, réservé aux enfants de soldats ayant combattu durant le Seconde Guerre mondiale et dirigé par des vétérans (ici, il faut mentionner l'excellent Christian Crahay en directeur d'école bienveillant et humaniste). Le titre du film, Sans rancune !, vient en fait d'une expression employée par les hommes lorsqu'ils se saluaient, et ce afin d'"oublier" les horreurs de la guerre. Le mot d'ordre de l'école est d'ailleurs : "Loyauté et confiance réciproque".

La façon dont "Vapeur" enseigne et se situe par rapport à la guerre ne doit cependant rien à l'angélisme, puisque cette figure de pédagogue ne transmet pas un savoir, mais éduque les intelligences : au sortir de la guerre, à quoi auront servi tous ces morts, si l’on n’a pas retenu la leçon : « savoir dire non » ? "Vapeur" apprend donc à ses élèves à être autonomes. Thierry Lhermitte a d'ailleurs ces mots pour définir sa méthode pédagogique : "[Je l'apprécie], parce que c’est une véritable éducation de la liberté et de la responsabilité. Mais c’est très élitiste. Je vois cela comme un mélange d’avant et après l’école de Jules Ferry. Avant, c’est la tradition des humanités, apprendre à apprendre. Après, c’est la pédagogie inductive post-68, qui refuse les apprentissages, le par-cœur, le bachotage." En ce sens, le film est bien d'actualité, en ce qu'il concilie deux approches qu'il souhaite résolument complémentaires.

L'adolescence, l'amitié et la quête de la vérité.

En regardant ce film, le spectateur n'aura nulle difficulté à s'identifier au personnage de Matagne et aux adolescents présentés dans le film, qui ressemblent à tous les adolescents du monde et d'aujourd'hui. Laurent, après des relations d'abord conflictuelles avec Boulette, le cancre de la classe, nouera par la suite une belle amitié avec lui, et une association étroite pour découvrir la vérité au sujet de ce professeur qui les intrigue : qui est "Vapeur" ? Le père de Laurent ? Ou ne s'agit-il que d'un fantasme développé par les deux adolescents ?

La naissance de la vocation d'un écrivain.

"Vapeur", derrière des dehors fantasques et excentrique, se révèle être un personnage complexe et ambigu, un écrivain raté, qui, à défaut d'avoir réussi à écrire un livre, a entièrement recréé sa vie. Bousculant continuellement Matagne, ce dernier sera cantonné dehors jusqu'à ce qu'il écrive quelque chose d'original et de sincère. Peu à peu, d'abord vexé et humilié, puis encouragé, Matagne, aiguillonné par "Vapeur", véritable figure tutélaire, s'éveillera à l'art d'agencer les mots. On ne sera donc pas surpris de voir Laurent superposer au rapport maître-élève le rapport père-fils.

Le film met ainsi en lumière la noblesse du rôle du professeur, mettant ainsi à mal la citation cruelle de George Bernard Shaw qu'invoque d'ailleurs l'un des personnages du film, et selon laquelle "celui qui peut agit, celui qui ne peut pas enseigne". Yves Hanchar joue en effet sur deux tableaux, la transmission entre le maître et l'élève (comparable à la maïeutique pratiquée par Socrate) et la réconciliation père-fils, donnant ainsi son autre signification au titre du film.

Le film étant d'ailleurs peut-être plus complexe qu'il n'y paraît, car, comme le suggère un critique, ce que nous voyons à l'écran oscille entre vérité et fiction : Vapeur est-il le père de Laurent, ou celui qu'il aurait aimé avoir ? Le jeune Laurent ne se prendrait-il pas lui aussi pour le héros du roman qu'il est en train d'écrire, à l'image de la séquence où il nous est donné de voir la scène imaginée par Laurent dans la première rédaction qui lui vaut des éloges de son professeur ? Car l'enquête se révèle extrêmement troublante, et les indices flous : une photo de mauvaise qualité, un style d'écriture plus ou moins ressemblant... mais tout le charme de l'aventure réside précisément dans cette incertitude entretenue jusqu'au bout.

Certains critiques grincheux n'auront pas manqué de rapprocher ce film du Cercle des poètes disparus, ou encore des Choristes, laissant par là entendre que le film d'Yves Hanchar pêcherait par manque d'originalité et par conservatisme : c'est opérer des rapprochements bien superficiels et passer complètement à côté de ce qui fait la singularité d'un film dont la réalisation, classique, sait s'effacer pour mieux mettre en valeur un récit qui nous touche, parce qu'il sonne juste. Les comédiens y sont pour beaucoup :

Thierry Lhermitte, dont le beau visage vieilli et le regard pétillant transmettent à ce film sa vivacité, son intelligence et sa gaieté, et dont l'élégance, la séduction et le charisme confèrent au film une grande partie de sa force.




Milan Mauger, dont le talent, la vérité de jeu et le naturel sont confondants, et dont le jeune visage suscite l'empathie grâce à la variété subtile des émotions qui y affleurent. La relation qui l'unit à Thierry Lhermitte semble faite de confiance et de respect réciproques.




Benoît Cauden, qui se révèle lui aussi un très bon comédien, de même que tous les acteurs qui composent les personnages secondaires.




Les pe
rsonnages sont riches et sensibles, le scénario très bien écrit, les répliques aussi ; l'intrigue est bien ficelée, le suspense est maintenu jusqu'au bout ; le cinéaste nous livre une histoire presque merveilleuse, un conte dans lequel un enfant solitaire et turbulent se cherche à travers un père absent. Un film de qualité comme on aimerait en voir un peu plus souvent.


Pour plus d'informations, le dossier de presse :
http://www.victoryproductions.be/DOSSIERSPRESSE/dp_ssrancune.pdf

Et un lien vers allociné :
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=137326.html

lundi 8 juin 2009

Beatrix Potter

Beatrix Potter est surtout connue pour avoir inventé un monde animalier dont le premier héros sera Pierre Lapin, paru en 1902.


Née en 1866 dans une famille du barreau londonien, Beatrix Potter est issue de la haute bourgeoisie victorienne.

Jeune fille, elle égaye sa vie solitaire d’études et de dessins d’animaux.

Un jour, elle écrit une lettre à un petit garçon, Noël Moore, pour lequel elle invente une histoire autour de son lapin Peter. D’autres lettres illustrées suivront. Beatrix Potter décida finalement d’essayer de trouver un éditeur.

Pierre Lapin fut accepté par l’éditeur Frederick Warne qui publia pour la première fois en 1902 cette petite histoire. Le livre eut un succès immédiat et devint l’un des livres pour enfants les plus vendus. Traduit en 35 langues, il s’est vendu depuis à plus de 40 millions d’exemplaires.


Pierre Lapin sera ainsi le premier d’une série de quelque vingt-trois albums peuplés de lapins, de souris, de rats, de canards, de renards, de chats et de chiens aux noms pittoresques. Un univers où les enfants se reconnaissent, un univers sans mièvrerie aucune, un univers parfois cruel.

Beatrix Potter épousa plus tard William Heelis, notaire, et consacra la fin de sa vie à l’agriculture et à la protection des sites et monuments historiques de la région des Lacs.

Décédée en décembre 1943, elle laisse une oeuvre qui n’a pas pris une ride, et ses contes, traduits dans de nombreux pays, figurent définitivement parmi les classiques de la littérature enfantine.

En 2007 est sorti en France Miss Potter, un très joli film sur la vie de Beatrix Potter réalisé par Chris Noonan, avec Renée Zellweger et Ewan MacGregor dans les rôles principaux.



Beatrix Potter a également écrit un journal.



mardi 2 juin 2009

Robert Penn Warren, L'Esclave libre.


Samantha Starr, fille d'un riche planteur du Kentucky, découvre à la mort de son père ce que chacun savait mais n'osait lui dire : elle est en réalité la fille d'une beauté noire qui avait partagé naguère le lit du maître de Starrwood : elle n'appartient pas au monde des gens libres. Car règne encore l'antique loi du Sud : son père n'ayant pas laissé de testament, la demeure est mise en vente, et elle-même, en qualité de fille d'esclave, fait partie des lots que les acheteurs vont se disputer à l'encan...

Ce roman se déroule à la même époque que le célèbre roman de Margaret Mitchell, Autant en emporte le vent, et d'ailleurs, il existe un certain nombre de similitudes entre ces deux romans, en particulier dans l'analyse sociale de la société de cette époque. Pourtant ces deux romans sont de nature très différente : pour reprendre la présentation de l'éditeur, le romancier évoque avec grandeur - et cruauté - les fastes trompeurs du vieux Sud à la veille de la guerre de Sécession... et ne fait de cadeau à personne.

Extrêmement romanesque, magnifiquement écrit, cette grande fresque retrace les errances d'une héroïne à la recherche d'une identité problématique, que ses origines amènent à être considérée ni plus ni moins comme un objet, et qui sera achetée par un riche planteur, dont la bonté est décrite comme une grave maladie. Et pour cause : celui-ci cache un secret dont la révélation permet au romancier de nous offrir les plus belles pages de son roman, vision hallucinée et hallucinatoire des pratiques ethniques de l’ancestrale Afrique.

Robert Penn Warren est un auteur reconnu aux Etats-Unis : il a longtemps été considéré comme le grand rival de Faulkner, a reçu de nombreux prix pour ses livres, et son oeuvre a souvent été adaptée au cinéma, à l'image de L'Esclave libre (Band of Angels), roman adapté au cinéma par Raoul Walsh avec Clark Gable et Yvonne de Carlo.


Pour finir, voici un lien vers un article que je trouve intéressant, même s'il dévoile certaines données de l'intrigue : http://www.e-litterature.net/publier2/spip/spip.php?article40

vendredi 24 avril 2009

Vikram Seth, Un garçon convenable.


Etonnante galerie de nababs et d'intouchables au cœur des mystères de l'Inde, prodigieuse histoire immergée dans la grande Histoire, roman d'amour ou saga familiale, ce livre, en vérité, déborde tous les genres et promet tous les plaisirs. Au départ un verdict simple et sans appel, celui de la digne Mrs Rupa Mehra qui, un jour, dit à sa fille, Lata : " Toi aussi tu épouseras un garçon que j'aurai choisi. " Rien de plus ordinaire, a priori, dans l'Inde des années cinquante, encore traumatisée par sa jeune indépendance, et qui guette son avenir entre la tradition et la modernité. Or, pour trouver ce " garçon convenable ", celui qui épousera Lata, il faudra traverser, du sublime au dérisoire, toute l'histoire d'un peuple où le présent se confond toujours avec l'éternité... Car c'est bien l'Inde énigmatique, l'Inde irréductible et troublante, qui, dans ce roman, va se révéler au rythme d'une vaste intrigue. On y rencontre des rajahs, des paysans, des professeurs d'université, des cordonniers, des fanatiques hindous ou musulmans, des écrivains, des femmes libres et des femmes soumises, des ministres, des juges, des révolutionnaires. On y rencontre la misère et l'espérance. Et, dans cette foule, les trois prétendants parmi lesquels se trouve le parti convenable ! Poète, historien, styliste subtil et ironique, Vikram Seth ressuscite un univers où chacun vit, aime, trahit. Où, dans un poudroiement de lumière, chacun tente de secouer le joug des siècles afin, comme Lata, de choisir son destin.

Ce livre nous offre une fresque passionnante de l'Inde des années 1950, qui vient juste de conquérir son indépendance. Il nous présente une galerie de personnages tous aussi intéressants que les autres et aborde les problèmes qui se posent à ce pays à cette époque, qu'ils soient d'ordre politique, économique, religieux, ou sociaux, et pourtant, ce n'est jamais didactique ou pédant.

On croise au passage quelques auteurs majeurs auxquels Vikram Seth fait fréquemment allusion : Jane Austen, P.G. Wodehouse, mais aussi E.M. Forster et Shakespeare - Lata doit en effet jouer une pièce de ce grand dramaturge, chose ô combien choquante pour sa mère, l'inénarrable et pourtant touchante Mrs Rupa Mehra, qui, lorsqu'elle doit écrire à sa belle-mère, découpe de vieilles cartes d'anniversaire pour en recomposer de nouvelles...

Les personnages - Maan, Saeeda Bai, Menakshi, Haresh, le Dr Seth et les autres - sont bien dessinés et ont des caractères bien trempés. Un Indien jugerait peut-être ce livre caricatural, mais pour un lecteur occidental, ce livre constitue une bonne bouffée d'exotisme. Le style de cette saga haute en couleurs est agréable, et certaines phrases sont suffisamment frappantes pour que j'aie ressenti le besoin d'en noter quelques-unes.

Bref, une très bon roman-fleuve, à lire pendant les vacances d'été de préférence, car c'est tout de même un pavé de plus de mille pages qu'il s'agit d'avaler là !


Oswald Wynd, Une odeur de gingembre.


Après une longue mise en sommeil, je reviens pour vous parler d'un livre que j'ai lu il y a plusieurs semaines déjà, et qui s'est révélé tout à fait captivant.

En 1903, Mary Mackenzie embarque pour la Chine où elle doit épouser Richard Collinsgsworth, l'attaché militaire britannique auquel elle a été promise. Fascinée par la vie de Pékin au lendemain de la Révolte des Boxers, Mary affiche une curiosité d'esprit rapidement désapprouvée par la communauté des Européens. Une liaison avec un officier japonais dont elle attend un enfant la mettra définitivement au ban de la société. Rejetée par son mari, Mary fuira au Japon dans des conditions dramatiques. À travers son journal intime, entrecoupé des lettres qu'elle adresse à sa mère restée au pays ou à sa meilleure amie, l'on découvre le passionnant récit de sa survie dans une culture totalement étrangère, à laquelle elle réussira à s'intégrer grâce à son courage et à son intelligence. Par la richesse psychologique de son héroïne, l'originalité profonde de son intrigue, sa facture moderne et très maîtrisée, Une odeur de gingembre est un roman hors norme.

La couverture de ce livre m'a tout de suite fait de l'oeil lorsque je l'ai vue il y a quelque temps à la bibliothèque, et j'ai eu du mal à lâcher ce roman avant d'arriver à la toute dernière page.

L'auteur nous plonge dans la vie et la conscience de Mary au moyen de ses lettres et de son journal intime. L'écriture est subtile et fine et jamais on ne se douterait que c'est un homme qui tient la plume.

Le voyage rocambolesque et dangereux de Mary pour aller d'Ecosse en Chine nous tient en haleine, de même que sa description de la Chine qui se relève tout juste de la révolte des Boxers. Sa vie en Chine, puis au Japon, révèle que les pays européens et occidentaux n'ont rien à envier à ces pays émergents pour ce qui est de bafouer le droit des femmes à être considérées comme les égales des hommes et à disposer d'elles-mêmes.

Mary est une jeune femme séduisante, d'abord naïve, constamment vive, curieuse et intelligente, ouverte aux autres, et amenée à évoluer au fil de ses aventures et expériences. Sa modernité choque et scandalise, pourtant elle parviendra à prendre sa vie en main avec succès... mais à quel prix ?

Quelques extraits pour la mise en bouche :

Mary est amenée, avec quelques unes de ses compatriotes, à rencontrer l'impératrice Tseu Hi. Voici le portrait qu'elle dresse de ce personnage haut en couleurs :



"Au milieu de toute cette immobilité figée, le geste de Sa Majesté nous a fait sursauter, une main levée de ses genoux. Ce n'était pas une main ordinaire, mais un éblouissement de griffes en or. J'avais entendu parler de ces étuis à ongles mais les voir pour la première fois m'a quand même donné un choc. Ils avaient au moins trente centimètres de long, sinon lus, sur les doigts principaux, et même si l'or en était aussi fin que possible, ces étuis protégeant des ongles qui n'ont jamais été coupés devaient être affreusement lourds. L'impératrice ne peut rien faire toute seule à cause d'eux. Elle doit être nourrie, habillée, servie en tout et en permanence par les dames de cour ; elle doit même se coucher sans ôter ses étuis à ongles. Je suis restée une minute ou deux à me poser des questions à leur propos, les yeux rivés sur ces mains qui reposaient à nouveau sur ses genoux, comme les nervures repliées d'un éventail. Chacune des bouchées qu'elle avale doit être mise dans sa bouche par quelqu'un, et l'impératrice qui règne sur le plus grand nombre de sujets sur terre après le roi Edouard est aussi dépendante qu'un infirme sans bras. Il ne faut sans doute pas s'étonner qu'elle se conduise de temps à autre comme une démente."

Plus tard, elle est amenée à rencontrer le comte Kentaro Kurihama, mais les premier contacts sont difficiles :

"Je n'ai pas eu l'impression que ma contribution au succès du dîner des Chamonpierre était si décisive que cela quand j'ai réalisé que ma tâche était à nouveau d'essayer de tirer quelques mots du comte Kurihama à table. Il était manifeste qu'il n'en avait aucune envie, et je ne suis pas parvenue à un grand résultat. Je lui avais dit que j'avais vu des représentations du mont Fuji, qui est très beau, et que j'espérais bien avoir un jour l'occasion de le voir en vrai, et il a répondu "ah." Je lui ai demandé s'il avait déjà fait l'ascension de cette célèbre montagne et il a dit :"non." Je lui ai dit que je trouvais cela étonnant et il a répondu : "Trop occupé devenir soldat."Je suis persuadée qu'il fait exprès de parler aussi mal anglais, parce qu'il doit penser que c'est de cette façon que les Anglais s'attendent à voir s'exprimer un Japonais, et subitement, à mon propre étonnement, je le lui ai dit tout de go tel quel. Il m'a regardé droit dans les yeux pour la première fois, il me semble, puis il a éclaté de rire. C'était un peu comme lorsque j'avais fait rire Yao, la figure du comte a été complètement transformée pendant trente secondes ou plutôt trois secondes, lui donnant presque l'air d'un gamin."


Enfin, voici les quelques lignes qui donnent une explication au titre choisi par Oswad Wynd :

"Une équipe d'ouvriers doit commencer aujourd'hui à préparer la terre de mon jardin, qui sera livré au début de la semaine prochaine. Je suis restée à la maison pour surveiller les travaux. Il ne pousse plus que des mauvaises herbes, c'est du moins ce que je croyais. Les graines n'auraient pas pu survivre à ce brasier, les vents d'hier ont donc dû en apporter d'autres. J'ai jeté un coup d'oeil aux restes de mon vieux pin devenu quasiment du charbon de bois avant de monter sur le petit terre-plein d'où saillait le chicot de l'arbre à gingembre comme un piquet passé à la créosote. Je n'en croyais pas mes yeux, quand j'ai vu ce qui luttait contre les mauvaises herbes pour gagner sa part de soleil : une pousse verte toute nouvelle, émergeant d'un amas de racines noircies, et qui portait déjà neuf de ces feuilles aromatiques si facilement reconnaissables. J'en ai pincé une pour être bien sûre, qui m'a laissé sur les doigts cette odeur de gingembre.
Je ne crois pas aux présages, sauf quand ils sont bons. Et c'était un bon présage. Je suis de retour dans une maison qui sent encore la menuiserie fraîche, et ressens une joie parfaitement ridicule. Je vais rester avec les terrassiers toute la journée, pour être bien sûre qu'une colline artificielle sera de nouveau dominée par cet arbre venu d'ailleurs."


vendredi 6 mars 2009

Charles Dana Gibson


Bon, eh bien finalement, je trouve le temps de le remplir, ce blog !

Juste pour le plaisir des yeux, quelques uns des merveilleux dessins de cet illustrateur génial qu'était Charles Dana Gibson :



Pour en savoir plus sur les Gibson's girls, vous pouvez consulter ce lien : http://www.gibson-girls.com/

Et pour découvrir d'autres dessins, il suffit d'aller voir ce site : http://community.livejournal.com/bygonefashion/62156.html


jeudi 5 mars 2009

Muriel Spark, Les Belles Années de Mademoiselle Brodie


Dans l'Écosse des années trente, Mademoiselle Brodie enseigne de façon peu conventionnelle dans une des écoles de filles les plus huppées du pays... Une conspiration " administrative " se développe contre cette institutrice d'avant garde, convertie au catholicisme, qui a rassemblé autour d'elle un petit groupe constitué de ses meilleures élèves. Publié en 1961, puis adapté au cinéma, ce livre a rendu célèbre Muriel Spark, romancière, nouvelliste, poétesse et biographe d'Emily Brontë et de Mary Shelley. La réédition de ce titre, précédé d'Une serre sur l'East River et bientôt suivi de L'Ingénieur culturel, permet de rendre hommage à cette grande dame des lettres, décédée en avril 2006.

Telle est la présentation donnée par l'éditeur d'un ouvrage qui se révèle plus déconcertant à la lecture que ce qu'en laissait présager la quatrième de couverture : en effet, Mademoiselle Brodie se révèle un personnage particulièrement égocentrique, à la fois terriblement naïf et manipulateur ; elle cherche, "en son bel âge", à faire des jeunes filles qui passent entre ses mains "la crème de la crème". Pour ce faire, elle n'hésite pas à laisser de côté le programme d'études réglementaire, qu'elle juge inutile, pour parler avec admiration de Mussolini, des peintres de la Renaissance italienne, des avantages pour la peau de la crème démaquillante et de l'hamamélis, et même de sa vie amoureuse. Il n'en faut pas plus pour fasciner des jeunes filles que leur âge et leur éducation rendent facilement influençables ; cependant, en grandissant, l'une d'elle finira par la trahir...

Ce petit roman, très court et facile à lire, est écrit dans un style vif et assez cruel : aucun personnage n'échappe aux coups de griffes de l'auteur, qui semble vouloir régler ses comptes avec son passé. Tous les personnages sont épinglés avec causticité, et c'est peut-être là que réside le problème que j'ai rencontré avec ce livre : impossible de s'identifier aux personnages, qui sont tous mis à distance du lecteur, à cause de la cruauté avec laquelle l'auteur les traite. Bref, une oeuvre que son sujet rend intéressante, mais le livre qui rendra pleinement compte de l'influence néfaste que peut avoir un enseignant charismatique sur ses élèves reste encore à écrire.

A noter qu'une adaptation cinématographique a été réalisée en 1964, avec Maggie Smith dans le rôle principal.


A lire en complément, l'excellente critique publiée sur ce blog :
http://nuagesetvent.over-blog.com/article-11287650.html

dimanche 1 mars 2009

Présentation


Bonsoir à toutes et à tous, et bienvenue sur mon tout premier blog, sur lequel vous êtes invités à venir partager mes coups de coeur, mes films, et mes livres du moment.


Comme je vis actuellement une année très chargée, ce blog sera sans doute, du moins au début, une espèce de "recyclage" des messages que j'ai pu poster sur "The Inn at Lambton", un forum que je fréquente très régulièrement et qui m' a donné envie de créer mon propre blog... Lambtoniens, Lambtoniennes, si vous passez par là, veuillez me pardonner si vous avez une impression de déjà vu... mais qui sait ? peut-être aurez-vous le plaisir de découvrir de temps à autre un article un peu plus neuf et inattendu !