samedi 10 juillet 2010

Chez les heureux du monde, d'Edith Wharton.

J'ai fini de lire, il y a quelques jours déjà, Chez les heureux du monde d'Edith Wharton, et j'ai été absolument conquise par le style de l'auteur et l'intelligence de son roman !

Voici comment se présente la couverture de mon édition :

Je trouve ce tableau de John Dawson Watson très beau (le velours de la sortie de bal de cette femme à l'éventail est extrêmement bien rendu) : il convient à merveille pour illustrer ce roman, dont la figure centrale, Miss Lily Bart, est une jeune orpheline ruinée, qui aimerait faire un riche mariage. Un après-midi de septembre, à la gare de New York, alors qu'elle vient de manquer le train qui devait la conduire chez des amis, elle rencontre par hasard Mr Selden, et accepte de venir prendre une tasse de thé chez ce jeune avocat. C’est l’occasion pour lui de lui faire une cour discrète ; mais pour elle, ce moment passé seule à seul chez un célibataire est aussi la première entorse aux usages du monde.

Publié en 1905, Chez les heureux du monde ("The House of mirth", c'est-à-dire en français "La Maison de liesse", titre tiré d’un passage de l’Ecclésiaste) décrit avec beaucoup d'acuité la haute société new-yorkaise, où le paraître, l'argent et la corruption des moeurs règnent en maîtres. C'est dans ce milieu qu'évolue la belle Lily Bart, qui fait l'objet d'un portrait d'une grande finesse finesse psychologique : d'abord présentée comme une arriviste prête à tout pour épouser un héritier susceptible de lui offrir la vie luxueuse et futile à laquelle elle aspire, le portrait de la jeune fille se nuancera pour devenir finalement un personnage très humain et très proche du lecteur.

On ne s'ennuie jamais à la lecture de ce roman très bien écrit qui comporte quelques moments de suspense, des dialogues brillants, et une galerie de personnages secondaires extrêmement variés et intéressants. On pense par moment à Balzac, à Flaubert et à Zola, mais Edith Wharton se démarque de ces écrivains en fondant son intrigue sur le thème du mariage et de l'ascension sociale qu'il permet : sa critique ironique et amère conserve toute son actualité.

A noter qu'il existe une adaptation cinématographique de ce roman avec Gillian Anderson :



Apparemment, toute une série d'adaptations cinématographiques et télévisées des romans d'Edith Wharton ont vu le jour dans les années 1990, l'impulsion ayant peut-être été donnée par le film de Martin Scorsese, Le Temps de l'Innocence (1993), adaptation très réussie du roman du même nom.

Sur ce film, généralement considéré comme un OVNI au sein de la production scorsesienne, un critique de cinéma a pu écrire :

"Le Temps de l'Innocence dessine une dialectique de l'aristocratie : comment faire voir sans montrer, comment dire les choses sans les nommer... La Mafia et l'aristocratie, c'est finalement le même univers clos, régi par des règles, des codes."

Cet engouement pour un auteur au moins aussi critique sur la société américaine que F.S. Fitzgerald, qu'Edith Wharton fut d'ailleurs amenée à rencontrer, témoigne, de la part des pays de langue anglo-saxonne, d'un tout autre rapport à la littérature que celui entretenu par les Français.

Lily Bart (Gillian Anderson) chez Lawrence Selden.

1 commentaire:

  1. C'est à présent notre table de nuit qui ne vous dit pas merci...

    RépondreSupprimer