
Du nouveau concernant mes prochaines lectures très vite ! ;)
Coups de coeur littéraires et cinématographiques...
Grâce à Emjy qui m'a très gentiment prêté le dvd, j'ai regardé l'adaptation ITV 2007 hier soir ; j'ai bien aimé, mais j'avoue que ne pas avoir été spécialement transportée.
Pourtant, cette adaptation télévisée a beaucoup de qualités : les acteurs principaux d'abord, qui sont très bons ; le scénario, plutôt bien ficelé (même si certaines scènes de la fin ont été "oubliées"), un parti pris de simplicité dans la manière de filmer (les décors, les intérieurs et les paysages sont très beaux).
Mais voilà : mon coeur appartient à la version de 1995. ;)
Cependant, je reconnais que Rupert Penry Jones est absolument charmant : je redoutais que ce joli blondinet ne soit pas à la hauteur, mais je reconnais qu'il joue très bien, là où Ciaran Hinds imposait un physique beaucoup plus buriné.
Quant à Sally Hawkins, je la trouve très bien également, quoique peu mise en valeur physiquement et vestimentairement (j'attendais sans cesse qu'elle s'épanouisse tout au long du téléfilm, et bien j'en ai été pour mes frais : pourtant, Amanda Root, dans la précédente version, peut vraiment exceller dans l'art d'avoir l'air peu épanouie, mais il y a un moment dans le film où elle devient très belle, où elle retrouve des couleurs en somme ; dans la version 2007, je n'ai jamais eu ce sentiment).
Quant aux rôles secondaires, quoique bien interprétés, ils passent un peu à la trappe dans la seconde partie, alors qu'il avaient droit à un vrai développement dans l'adaptation de 1995, qui par ailleurs est peut-être plus intéressante visuellement parce qu'elle prend le parti d'être assez réaliste et de jouer sur les couleurs chaudes et froides (la version de 2007 joue essentiellement sur des couelurs froides : bleu, mauve...).
Enfin, les moments où Sally Hawkins tient son journal intime et s'adresse à la caméra m'ont paru un peu faciles : Persuasion n'est pas un roman où m'héroïne dit "je", ses sentiments sont suggérés. J'aurais aimé qu'il en aille de même dans cette adaptation. C'était un peu bizarre de voir l'héroïne sans cesse nous prendre à parti ; ça donnait un caractère presque trop intime à l'histoire.
Au sujet de la fin, dont on dit souvent qu'elle a été baclée, faute des moyens financiers nécessaire, j'y étais préparée : la scène de course-poursuite m'a paru assez peu crédible, mais bon, à la limite ça passe. En revanche, la scène du baiser m'a paru très maladroite, et ne parlons pas du final, que je trouve limite gnan-gnan. Je trouve d'ailleurs que cette adaptation fait la part belle à la mélancolie, et que c'est un tout petit peu dommage, parce que même si c'est la tonalité générale du roman, d'autres traits plus piquants viennent la relever et la fin s'ouvre quand même sur un espoir. Et puis il manque la scène de la lettre, et ça, c'est limite criminel, parce qu'elle est tellement plus intéressante qu'une banale scène de baiser, ou que le fait qu'Anne retrouve sa demeure d'origine !
Ceci dit (parce que je me rends compte que j'ai l'air très critique) c'est une adaptation de bon niveau, très agréable à regarder. Mais autant Emma m'a paru bénéficier d'une très bonne adaptation en 2009, autant Persuasion ITV 2007 me paraît à retravailler (car je ne considère pas du tout la version de 1995 comme un "must" absolu, même si je l'apprécie beaucoup).
Au tour de l'adaptation BBC 1995 à présent ! ;)
J'aime beaucoup cette adaptation, en particulier pour le jeu des acteurs principaux, que je trouve tout simplement remarquables : Ciaran Hinds, avec son visage buriné et viril, fait un parfait capitaine Wentworth ; quant à Amanda Root, le spectateur a le plaisir de la voir embellir au fur et à mesure que le film se déroule.
J'apprécie également beaucoup le fait que l'adaptation ait insité sur l'aspect réaliste des intrigues de Jane Austen, malheureusement souvent occulté dans certaines adaptations, certes agréables à regarder, mais un peu trop acidulées et rose bonbon à mon goût, alors qu'il me semble que l'auteur d'Orgueil et Préjugés aborde mine de rien, les problèmes touchant à la société de son époque, en particulier le statut des femmes, et le rôle de l'argent et du mariage dans leur vie.
Je trouve que les acteurs qui jouent les roles secondaires sont également bons, même si certains ont pu trouver leur jeu caricatural. Pour ma part, ils m'ont aidé à mieux comprendre les touches d'humour qui émaillent ce roman à l'atmosphère plutôt automnale et mélancolique. Le père et la soeur aînée sont vraiment présentés comme snobs et odieux ; quant à l'autre soeur d'Anne Elliot, qui souffre manifestement d'hypocondrie et qui est si bien jouée par la soeur d'Emma Thompson, j'ai apprécié qu'on nous la montre pour la première fois en train de se moucher parce qu'elle est enrhumée : cela rappelle les dures conditions de vie de l'époque, où la vie et la santé étaient tout de même assez précaires, puisqu'on pouvait mourir d'un simple rhume.
L'adaptation m'a également beaucoup apporté, dans le sens où j'ai mieux compris ce qui se passait sur la jetée de Lyme, scène que j'avais du mal à me figurer en lisant le roman. Grâce à l'adaptation, j'ai pu visualiser ce qui se passait lors de cet épisode pivot du roman, et que j'avais du mal à appréhender au cours de ma lecture.
J'aime beaucoup la scène de dîner, de piano et de danse du début, lorsque Frederic Wentworth est invité chez les Musgrove, et le courage d'Anne, qui essaie de faire bonne figure, alors que tout ceci doit être bien douloureux pour elle.
J'aime également la scène dans le magasin, lorsqu'il pleut, la scène du concert, la scène de la lettre, la scène de demande en mariage, et la fin, même si le baiser et la scène du bateau n'étaient peut-être pas absolument indispensables. Ceci dit, j'aime bien le défilé de Carnaval avec les comédiens de cirque qui a lieu lorsqu'Anne et Frederic se retrouvent enfin, elle donne une note de couleur et de gaieté.
Je me suis longtemps interrogée sur le sens de ce défilé au moment de la scène du baiser, et j'y vois une représentation symbolique de la société, peuplée de gens déraisonnables qui jouent la comédie sociale tout le temps et ne laissent jamais tomber le masque. Au milieu d'eux, Frederic et Ann apparaissent comme les seuls êtres véritablement purs de cette histoire, car les sentiments qu'ils éprouvent l'un pour l'autre sont vrais et sincères.
Enfin, j'aime beaucoup le jeu sur les couleurs, et la manière dont les scènes à la bougie sont filmées ; il y a en effet, sur le plan de la réalisation, une alternance de scènes tantôt dans les tons bleus (qui évoquent la mer, le froid, la solitude), tantôt dans les tons rouges (qui évoquent vraisemblablement la flamme de la passion). Il est d'ailleurs intéressant de constater que la scène finale se déroule sur un navire, dans un contexte maritime donc, mais que les couleurs sont celles du soleil couchant.
Bref, c'est une adaptation que j'aime beaucoup, malgré quelques maladresses, et qui reste ma préférée à ce jour.
J'avais vu il y a un certain temps déjà les adaptations précédentes, qui datent des années 1990, mais malgré leurs indéniables qualités, je leur préfère largement cette adaptation télévisée beaucoup plus aboutie.
En regardant cette adaptation, j'ai été éblouie par le choix des décors et des costumes, dont les tons sont très lumineux et colorés. La musique est très belle, et participe à l'atmosphère extrêmement agréable de cette série, dont l'univers est particulièrement solaire.
Je suis très admirative de la qualité du scénario, qui est très fidèle à à l'intrigue austenienne, et qui rend parfaitement compte du caractère des différents personnages du livre en proposant quelques scènes inédites - en particulier au début, avec le récit de l'enfance de certains des protagonistes, ce qui permet d'éclairer leur psychologie.
Les comédiens sont tout bonnement excellents.
Romola Garai campe une Emma plus espiègle et plus juvénile que le souvenir que j'avais gardé du roman ; elle se comporte en enfant gâtée, mais sa tendresse pour son père et son souci des autres (même si elle l'exprime de manière parfois très maladroite) la rendent à la fois drôle et touchante. Son Emma est finalement plus sympathique que celle du roman, mais ce n'est pas un reproche. J'avoue que dans certaines scènes, le jeu de Romola Garai m'a un peu surprise (en particulier lorsqu'elle écarquille les yeux et rit de façon très juvénile).
Johhny Lee Miller incarne un très bon Mr Knightley, il est très crédible et les scènes où lui et Emma s'envoient des piques sont parmi mes préférées.
Michael Gambon est quant à lui absolument génial ; son Mr Woodhouse m'a beaucoup fait rire, alors que celui du roman a souvent tendance à m'exaspérer. C'est un personnage à la fois drôle et touchant ; j'aime beaucoup la scène où il interdit aux enfants de toucher au gâteau de mariage, au motif que c'est mauvais pour la santé, ou encore lorsqu'il sort avec deux écharpes alors qu'il fait très chaud !
J'ai également beaucoup apprécié l'acteur qui joue Mr Elton ; il suggère à merveille la prétention et la vanité de son personnage.
Jane Fairfax, Harriet Smith Frank Churchill et Miss Bates sont également fort bien joués. J'ai apprécié qu'on ne sombre pas dans la caricature avec Miss Bates ; l'actrice qui la joue le fait de manière très subtile. Idem pour Harriet Smith. Le personnage de Frank Churchill m'a franchement exaspérée sur la fin ; je trouve qu'il s'en tire finalement un peu trop bien par rapport à ce qu'il a fait... Jane Fairfax est très bien.
Quelques bémols : une scène de bal un tout petit peu en dessous de mes attentes, je m'attendais à être davantage emballée. Et une fin un tout petit peu expédiée à mon goût. Mais ce n'est vraiment rien au regard de cette adaptation extrêmement cohérente et agréable à regarder. Un vrai coup de coeur !
1°) A Dangerous Method, de David Cronenberg.
Sabina Spielrein est une jeune femme souffrant d'hystérie. Elle est alors soignée par le psychanalyste Carl Jung, dont elle devient rapidement la maîtresse. Cette relation se complique fortement lorsque Sabina entre en contact avec un autre psychanalyste, Sigmund Freud.
Un film sur la psychanalyse, pourquoi pas ? L'histoire me paraît un peu simpliste, mais si les acteurs et les dialogues sont bons... Je me demande surtout si Keira Knightley sera un peu moins mauvaise que d'habitude dans ce film. La bande-annonce m'a plutôt agréablement surprise, parce qu'elle s'y révèle plutôt crédible dans un rôle pour le moins inhabituel par rapport à ce qu'elle a pu faire auparavant.
2°) La Taupe, de Tomas Alfredson
Durant la période de la Guerre Froide, un ancien espion, George Smiley (joué par Gary Oldman) est obligé de reprendre du service pour démasquer une taupe soviétique au sein du MI6.
Pour le coup, je suis beaucoup plus emballée par ce film. Adaptation du plus connu des romans d'espionnage de John Le Carré, cette adaptation s'offre un casting de luxe : outre Gary Oldman, on pourra y retrouver Colin Firth, Ciaran Hinds, Mark Strong, et bien d'autres. La bande-annonce semble très prometteuse : le réalisateur a apparemment su recréer l'ambiance de cette époque. La musique y est sans doute pour quelque chose.
3°) Wuthering Heights, d'Andrea Arnold
La réalisatrice n'a laissé filtrer que très peu d'informations sur cette nouvelle adaptation du chef d'oeuvre d'Emily Brontë, et a choisi de s'entourer d'acteurs très peu connus du grand public. L'exercice qui consiste à adapter Les Hauts de Hurlevent pour la énième fois est pour le moins risqué ; espérons cependant que cette réalisation saura se montrer à la hauteur et proposer une vision intéressante et originale du roman.
4°) Poulet aux prunes, de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud.
Téhéran, 1958. Nasser Ali Khan (Mathieu Amalric)), musicien célèbre, a perdu le goût de vivre. Plus aucun instrument ne semble pouvoir lui redonner l’inspiration depuis que son violon a été brisé. Sa tristesse est d’autant plus forte que son amour de jeunesse, rencontré au coin d’une rue peu après cet incident, ne l’a pas reconnu. Après avoir cherché en vain à remplacer cet instrument reçu autrefois de son maître de musique, Nasser en arrive à la seule conclusion possible : puisque aucun violon ne peut plus lui procurer le plaisir de jouer, il se mettra au lit pour attendre la mort. Il envisage alors toutes les morts possibles : être écrasé par un train, sauter d’une falaise, se tuer d’une balle dans la tête, faire une overdose de médicaments… mais ne trouve aucune de ces issues digne de lui. Après tout, il était le meilleur violoniste de son temps : Nasser Ali Khan.
Enfin, un outsider présenté hors compétition : W.E., réalisé par Madonna. Ce film, qui retrace les amours d'Edward VII avec l'Américaine Wallis Simpson, divorcée américaine pour laquelle il renonça au trône d’Angleterre, surfe aparemment sur le succès du Discours d'un roi. Le nom de la réalisatrice fait un peu peur (jusqu'ici, Madonna n'a jamais vraiment convaincu au cinéma), mais les choix faits pour le casting seraient judicieux.
Le premier chapitre du livre nous fait le portrait d'une universitaire américaine de 54 ans, Virginia Miner, dite Vinnie, spécialiste de la littérature enfantine, assez laide, au physique de petite souris. Ce personnage, qui peut nous faire songer, par certains aspects, à Alison Lurie elle-même, prend l'avion pour se rendre à Londres : elle a en effet obtenu une bourse qui va lui permettre de passer six mois en Angleterre pour faire ses recherches, ce dont elle est ravie, car elle considère ce pays comme sa patrie d'adoption. Dans l'avion, elle fait la connaissance de Chuck Mumpson, son exact opposé : ancien ingénieur spécialisé dans les systèmes d'élimination des déchets, il a tout de l'Américain moyen, il porte des bottes de cow boy et un imperméable en plastique hideux. Il est complètement inculte : il incarne tout ce que Vinnie, avec ses préjugés universitaires, déteste.
Le deuxième chapitre nous présente un personnage bien différent, Fred Turner, un très bel et jeune universitaire qui travaille dans le même département que Virginia Miner, lui aussi pour 6 mois à Londres. Il tente tant bien que mal de se remettre de sa séparation d'avec sa femme, qui devait partir avec lui et qui est restée au Etats-Unis, à cause d'un différend les opposant. Contrairement à Vinnie qui adore Londres, Fred ne trouve aucun charme à la ville, jusqu'à ce qu'il rencontre une actrice spécialisée dans les period dramas de la BBC, Rosemary Radley, plus âgée que lui, mais extrêmement séduisante.
Le livre d'Alison Lurie va alterner les points de vue de ces deux personnages, en nous livrant avec beaucoup de finesse leur point de vue sur l'Angleterre, et en nous dévoilant leur état d'esprit suite aux rencontres qu'ils vont être amenés à faire. On ne s'ennuie pas - passé le premier chapitre, le livre est bien rythmé, et on prend plaisir à suivre ces personnages que tout semble opposer, mais qui, mis en présence, contribuent à révéler de quoi sont faits les uns et les autres. Le regard de l'auteur sur ses personnages, sur l'Angleterre et sur l'Amérique est vif et acéré, souvent drôle - le livre a su me toucher, alors qu'au départ, je ne trouvais pas beaucoup d'intérêt à cette souris de Vinnie. Il y a beaucoup d'honnêteté et de justesse dans la façon dont les personnages sont dépeints, et ce livre s'avère très agréable à lire. J'aimerais beaucoup voir ce livre adapté au cinéma, car à mon avis, il y a moyen d'en faire un très bon film. Affaires étrangères a d'ailleurs été adapté à la télévision avec Joanne Woodward dans le rôle principal.
Reconnaissante du service que Gabriel lui a rendu, Batsheba lui procure un emploi parmi ses gens, mais devient l'élue de deux autres prétendants, bien décidé l'un et l'autre à obtenir sa main : le vieux fermier Boldwood, d'origine aristocrate, qui va tomber fou amoureux de Batsheba suite à la réception d'une carte de saint Valentin, et le séduisant militaire Troy, à qui bien peu de femmes savent résister.
Ce qui est intéressant dans ce roman, c'est, outre les rebondissements romanesques, sa qualité d'écriture. Thomas Hardy est dans son élément lorsqu'il décrit à petites touches la région imaginaire du Wessex, calquée qur son Dorset natal. On découvre dans son roman la vie des paysans, leurs conversations - souvent fort drôles - au café du coin, les préoccupations des fermiers de la région. Et contre toute attente, c'est passionnant, tout comme le sont les protagonistes de cette histoire, dotés chacun d'une personnalité propre. La plupart sont très attachés à leur région, à la terre, et tous seront amenés à évoluer en fonction des circonstances de leur vie. Les péripéties qui émaillent ce roman sont parfois invraisemblables ou prévisibles, la leçon de morale qu'on peut tirer de cette histoire légèrement édifiante sur les bords, mais Thomas Hardy réussit à donner vie à ses personnages et à cette région rurale de l'Angleterre, et ce avec beaucoup de talent. On ne s'ennuie jamais à la lecture de ce roman qui réserve bien des surprises au lecteur. Bref, ce livre est un vrai coup de coeur, et j'ai bien envie maitenant de m'essayer au Maire de Caterbridge.
Et le film Elle et Lui de Leo McCarey, avec Cary Grant et Deborah Kerr :
The shop around the corner met en scène des employés, personnages réels et ordinaires, dont la fragilité et les mesquineries, sont observées avec tendresse et humanité par Lubitsch. Ce film est un véritable bijou : les comédiens sont absolument remarquables par la justesse de leur jeu, et les scènes s'enchaînent parfaitement.
Si vous n'avez pas encore vu ce film, il faut vous le procurer immédiatement : vous ne pourrez pas le regretter !
Mmh... alors très honnêtement, ce troisième opus ne m'a pas beaucoup marquée : ça se lit très agréablement, mais sans plus.
Unity et Diana en Allemagne dans les années 1930
Unity Mitford se comportait en effet comme une véritable groupie vis-à-vis du dictateur, au point que les journaux anglais des années 1930 virent longtemps en elle l'une des maîtresses du maître du IIIème Reich, et Diana divorça de son premier mari pour épouser par la suite Mosley, un représentant politique de l'extrême droite en Grande Bretagne. L'attitude des deux soeurs et de leur mère durant cette période montre l'attirance d'une certaine frange de l'aristocratie anglaise, en perte de vitesse, pour les idéaux du fascisme.
Le livre de Nancy Mitford se veut drôle, et certaines répliques sont très spirituelles, mais l'intrigue est un peu délayée et les personnages du livre ne sont guère sympathiques.
Néanmoins, suite à sa lecture, j'ai eu envie d'en savoir plus sur cette famille assez déjantée, et je me suis plongée dans la biographie des soeurs Mitford par Annick Le Floc'hmoan. J'ai exprimé dans un précédent billet les réserves que j'ai contre ce type d'ouvrage, mais il faut reconnaître que cette journaliste a fait un travail d'investigation très sérieux, et que son livre se lit comme un roman : Au début du XXe siècle, dans la noblesse anglaise encore flamboyante, naissent les célèbres sœurs Mitford. Leur destin sera hors du commun. Nancy, amoureuse de la France et de Gaston Palewski, gaulliste historique, devient une romancière célèbre. Diana brûle pour le fascisme anglais naissant et se compromet auprès de son chef de file ; Unity devient une proche amie de Hitler ; tandis que Jessica, l'avant-dernière de la fratrie, s'engage auprès des jeunes républicains espagnols avant de rejoindre le parti communiste. Seules Pamela et Déborah suivent la voie rêvée par leurs parents, et se marient dans le luxe et le conservatisme. A travers le portrait étonnant de ces femmes passionnées, prises dans les tourments de la crise économique et des deux guerres mondiales, ce document présente une vibrante traversée du siècle.
Où l'on réalise, en fait, que Nancy Mitford, pourtant brillante, élégante et spirituelle, eut une vie sentimentale triste et ratée. Le livre resitue la famille Mitford dans son siècle, et chacune des six soeurs fait l'objet d'un portrait détaillé ; toutes sont attachantes ; toutes présentent un grain de folie plus ou moins développé. Leur père, Lord Redesdale, n'avait-il pas l'habitude de dire : "Je suis normal, ma femme est normale, mais mes filles sont toutes plus folles les unes que les autres" ?
Mais ce livre, pour passionnant qu'il soit, ne remplace pas la lecture de La poursuite de l'amour ; d'ailleurs, sitôt cette biographie refermée, j'ai entrepris de le relire, avec grand bonheur, car ce roman n'a pas pris une ride !
A noter que La Poursuite de l'amour et L'amour dans un climat froid ont fait l'objet d'une adaptation télévisée par la BBC il y a quelques années.
L’intrigue débute sur une petite annonce : « A tous ceux qui aiment les glycines et le soleil. Italie. Mois d’avril. Particulier loue petit château médiéval meublé bord de la Méditerranée ». Comment résister à une pareille offre ? Mrs Lotty Wilkins, son amie Rose et deux autres colocataires se lancent dans l’aventure et partent seules, presque sans prévenir leurs époux, pour un séjour d’un mois dans ce château ; elles veulent y trouver le soleil, le repos et réfléchir sur leur vie passée et à venir.
J'ai trouvé ce petit livre extrêmement drôle, humain et attachant. la description de l'Italie est très belle, et ces personnages qu'un lieu enchanteur rend capable de se transformer et de devenir meilleurs est une invitation à l'optimisme. Elizabeth von Arnim n'oublie pas cependant d'épingler au passage nos petits travers, et c'est précisément cela qui met le sourire aux lèvres.
Personnellement, j'ai trouvé que ces flash back n'étaient pas toujours amenés très habilement, mais j'ai apprécié que ce soit Addie Ross, dont on ne saura jamais à quoi elle ressemble tout au long du film, qui raconte l'histoire (la voix off est celle de Céleste Holm, la meilleure amie de Bette Davis dans All about Eve de Mankiewicz).
Premier flash-back, celui de Deborah (Jeanne Crain), la plus jeune, une fille issue de la campagne qui a travaillé pour l'armée et qui épouse un homme jeune, beau, riche et distingué, Brad. La soirée qu'il donne en l'honneur de sa jeune épouse pour la présenter à ses amis tourne à la catastrophe, tant la jeune épouse manque de confiance en elle ; elle a conscience que sa robe est affreuse, et elle a beaucoup trop bu pour calmer son anxiété. A côté d'elle, Addie Ross n'a aucun mal à incarner le summum de la classe... cette soirée tragi-comique sera cependant l'occasion pour Deborah de sympathiser avec Rita, qui se montre très solidaire vis-à-vis de sa nouvelle amie.
Deuxième flash-back, précisément celui de la blonde Rita (Ann Sothern), une épouse très moderne, puisqu'elle travaille pour la radio et gagne plus que son mari George, enseignant. Elle invite sa patronne dans le but d'obtenir un poste avantageux pour son mari, et là encore, la soirée tourne au drame : Rita a complètement oublié que c'était l'anniversaire de son mari (contrairement à Addie Ross qui lui offre un disque de Chopin ou de Schubert, je ne sais plus), la bonne - excellente Thelma Ritter - se comporte de manière tout à fait impossible -, et la patronne de Rita, venue accompagnée de son mari, est absolument imbuvable. Le tout donne lieu à une scène très réjouissante au cours de laquelle la mari de Rita, George (étonnant Stanley Kubrick) défend ses idéaux : bien qu'intellectuel et mal payé, il croit en l'éducation, et dresse une critique ironique et féroce de la radio, qui, sous prétexte d'éduquer les masses, les asservit à la société de consommation.
Dernier flash-back, celui de Laura Mae (merveilleuse Laura Darnell), une femme extrêmement belle et intelligente, mais issue d'un milieu très modeste, qui se rappelle comment elle a réussi à mettre le grappin sur son patron, Porter Hollingsway (Paul Douglas, parfait), un homme plus âgé qu'elle, plutôt rustre, mais qui a réussi à implanter une chaîne de magasins dans tout le pays. Avec beaucoup d'intelligence et de cynisme, Laura Mae allume son patron, tout en lui faisant clairement comprendre qu'il n'obtiendra aucune faveur, sauf s'il l'épouse. Mais l'on découvrira que tous deux sont en fait très amoureux l'un de l'autre, et souffrent d'une relation où le sentiment ne peut jamais s'exprimer.
Je ne raconterais pas la fin, mais j'ai beaucoup aimé l'histoire de ces trois femmes, particulièrement celle d'Ann Sothern et plus encore celle de Linda Darnell. Plus on avance dans le film, plus il augmente en intensité dramatique ; l'humour est très présent, et il y a beaucoup de finesse psychologique. L'étude de moeurs est particulièrement bien vue, ces trois femmes peinant à savoir qui elles sont et à trouver le bonheur dans une société où comptent avant tout le paraître et l'argent. Le film remporta l'oscar du meilleur scénario et celui de la mise en scène ; bien qu'il date de 1949, ces portraits de femmes ont conservé quelque chose de très actuel, de même que la critique de l'american way of life.
Angel raconte l'histoire d'une jeune fille, qui, comme Emma Bovary, se nourrit de rêves et d'illusions dont le symbole est Paradise House, le domaine des riches aristocrates de sa région. Originaire d'un milieu modeste, rebelle, volontaire et mal élevée, contre toute attente, elle parviendra à vivre de sa plume en vendant des livres où son imagination exubérante met en scène des héroïnes à son image et des messieurs "forts comme des lions et qui pleurent comme des urnes", le tout dans des décors où le kitsch le dispute au ridicule. Incapable de voir le réel tel qu'il est, arrogante, prétentieuse, mais aussi solitaire et pathétique, elle connaîtra le succès, gagnera beaucoup d'argent et tombera amoureuse d'un peintre aristocrate, avant de connaître la déchéance.
Elizabeth Taylor se serait inspirée d'un écrivain adulé à l'époque de la reine Victoria, Marie Corelli, pour peindre cette héroïne capricieuse et insupportable ; grâce à sa plume fine, ironique et cruelle, elle parvient à nous la rendre terriblement émouvante, ce qui n'est pas un mince tour de force. A lire ce livre, on comprend que François Ozon s'y soit intéressé (la manière dont sont décrites les tenues de l'héroïne ne pouvait laisser indifférent un cinéaste de la couleur). Angel - qui aurait pu aussi s'appeler "Paradise House" est un livre que je recommande chaleureusement ; c'est un livre qui ne peut laisser indifférent. A signaler, la très belle préface de Diane Margerie, dont l'analyse est toujours aussi fine.
Je ne savais pas trop à quoi m'attendre, les critiques que j'avais lues étaient plutôt élogieuses, mais la bande-annonce ne m'avait pas complètement convaincue. Et pour finir, j'ai trouvé ce thriller qui se déroule à Mouthe, la ville la plus froide du Jura, extrêmement drôle, cocasse et original.
L'histoire ? Un écrivain de polars à la James Ellroy enquête sur le suicide d'une Miss Météo francomtoise qui avait tendance à s'identifier à Marilyn Monroe. Très vite, il suspecte un meurtre maquillé en suicide... Malgré le peu de moyens, le film est très bien filmé (tous les détails ont du sens) et surprend par un ton et un humour résolument originaux ; en outre, les comédiens sont excellents, y compris les seconds rôles, qu'il s'agisse de la tenancière de l'hôtel habillée en gothique, ou de la coiffeuse locale, toujours vêtue de manière exotique... c'est en outre un très beau portrait de femme qu'il nous est donné de découvrir là, avec une réflexion toujours d'actualité sur la soif de célébrité et ses désagréments.
L'amitié de Judith avec Jennifer est ambiguë, comme le montrera la fin du livre, mais Judith est d'une telle candeur, d'une telle innocence, qu'elle ne s'en rend pas compte, ou ne veut pas le voir. Elle est amoureuse de Roddy, qui apparaît comme quelqu'un d'assez désinvolte (le roman suggère qu'il est davatantage intéressé par un garçon de son âge, Tony). Quoique belle et intelligente, Judith est inexpérimentée, elle est amoureuse de la famille Fyfe et voudrait se l'approprier, c'est pourquoi elle se tournera tour à tour vers Roddy, le bon Martin, Julien, qui la feront souffrir et réciproquement, avant de recevoir plusieurs révélations ou confirmations grâce aux lettres de Julien, Mariella et Jennifer à la fin du livre. Une fin qui nous laisse une héroïne terriblement désillusionnée, mais aussi, d'une certaine manière, libérée de la tyrannie d'elle-même et des autres : à elle s'ouvrent enfin tous les possibles...
C'est un roman difficile à appréhender, parce que parfois insaisissable ; il porte malgré lui les traces de la sensibilité qui l'a vu naître - ces gens extrêmement raffinés et cultivés, ces descriptions de corps jeunes et beaux, ce goût pour pour la nature, les fleurs et l'eau font songer à la poésie et à la peinture symboliste, et à l'art nouveau ; cette analyse fine et précise de l'amour, de l'adolescence et de l'amitié, à certains passages de La Recherche - Rosamund Lehmann et Marcel Proust ont parfois la même prose lumineuse, comme impressionniste ; certaines de ses descriptions font d'ailleurs penser aux peintres de ce mouvement, tant par leurs thèmes (déjeuner sur l'herbe, promenade en barque, etc) que par la manière dont elles sont menées (d'une certaine manière, Rosamund Lehmann est un peintre des impressions, dont la nature est d'être changeantes).
Le projet de Rosamund Lehmann fait également songer à l'entreprise de ses contemporains, Virginia Woolf et consorts, qui s'efforçaient de décomposer les sensations et de remettre en cause les codes et conventions romanesques. Sauf que Rosamond Lehmann est beaucoup moins intellectualiste que Virginia Woolf, et c'est tant mieux - il faut dire que je ne suis pas une très grande fan de Virginia Woolf, dont les écrits m'obligent à beaucoup de concentration, et qui en général me fichent la migraine. Rosamund Lehmann est plutôt à l'image de ses deux héroïnes - Jennifer et Judith - à la fois sensible et sensuelle.
C'est un roman de débutante, qui s'inspire sans aucun doute de la vie intérieure de son auteur, avec des fautes de débutante (par moment, certains dialogues sont quand même hautement improbables, on pourrait presque croire que c'est Judith qui en invente les réponses, tant on ne voit pas les gens parler comme ça "dans la vraie vie"), des longueurs, l'absence d'une intrigue vraiment reserrée, mais écrit avec beaucoup de talent, indéniablement.
Une photographie de Rosamond Lehmann, de son frère et d'un ami de la famille (?) qui pourrait très bien servir d'illustration au roman :
Livre offert par Summerday dans le cadre du Secret Santa organisé sur Whoopsy Daisy, et recommandé par Emjy, dont voici le billet :
L'avis d'Emjy